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Lucius Lucidus , l'histoire se passe au tout début de notre ère Ensuite paraitra le Blé d 'hiver années 50 dans le lot, puis "le Plumier" 1870/1914 dans la Sarthe

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des Géants Grands Comme.ça suite

Enfin de l’autre côté de la rivière-ou du fleuve-je n’en savais rien, au fait! À nous le Soulvègue! Dans ce calme sacré dont jamais je n’aurai imaginé la profondeur, venant d’un monde si bruyant, un  immense flot tumultueux fendit l’air. Un troupeau chevaux blancs énormes s’élançait à son tour sur le gué, ne faisant pas le moindre écart pour nous éviter une fois sur l’autre berge; nous dûmes nous blottir et attendre qu’ils s’éloignent tant ils étaient heureux de bondir et de galoper en tous sens dans cette herbe nouvelle, courte et épaisse qui s’étendait sur cette plaine. La flore était différente, les papilionacées nombreuses et variées se partageaient le territoire avec d’autres graminées plus grasses encore, des solanées inconnues, des ombellifères nouvelles….la terre aussi n’était plus la même, plus légère, plus humique aussi. Je pensais pour la première fois depuis longtemps aux paroles de Hollyskrouck et de Hamalgucknack qui évoquaient le Souvègue et ses herbes grasses où paissent les bœufs laineux…et où se trouve la Sérénité! Sous quelle forme cette sérénité que je dois ramener aux Château-Beau? Je demandais à Persycorne qui me transperça de ses yeux noirs étonnés. Elle me questionna longuement sur le sens de mes paroles, n’y comprenant  que peu de choses, embrouillant tous les mots que je prononçais. Si elle connaissait les bœufs laineux, si elle connaissait le comprenait que je puisse y conduire les bœufs laineux, comme on conduit un troupeau, puisqu’elle était aussi chasseresse, mais la « Sérénité », chose immatérielle! Un soir alors que nous bivouaquions, encore bien loin des collines boisées, je lui contais mon histoire, de la plus pédagogique manière. Il fallait un jour où l’autre que je crève cet abcès  qui obscurcissait mon esprit. Elle ne comprit pas tout de suite, elle saisissait quelques brides de mon exposé et je dus ré expliquer les passages les plus scabreux à assimiler pour une femme de la préhistoire. Le contexte lui manquait terriblement et je dus simplifier certaines choses de peur de la traumatiser tant il est difficile de se transporter si au devant de l’histoire de l’humanité. Pour moi l’inverse était concevable même si je faisais les découvertes que nuls de mes contemporains ne pouvaient envisager. Mais le mystère de cette immersion restait le plus grand mystère!
 
J’avais peur d’avoir perturbé cette pauvre Persycorne et la questionnais sur elle-même. Son histoire tenait en peu de choses; depuis l’enfance, on l’avait habituée à suivre son clan, à chasser puis à guerroyer, puisqu’elle était robuste, contre ces géants qu’elle n’avait jamais vu, sinon mort suite à la capture de l’un d’eux. Elle démystifia même cette capture en me racontant comment ses frères avaient trouvé ce spécimen dans la savane, sans doute mort de mort naturelle; mais dont Athobaryfolens faisait un trophée, symbolisant ainsi la lutte qu’il fallait mener encore et toujours, jusqu’ au bout contre ce fléau. Ses explications, maintenant qu’elle était pleinement en confiance, consolidaient mes hypothèses. De grands animaux, sans doute du genre hommidés et plantigrades, descendaient des collines ou-et-des montagnes pour se ravitailler en viande fraîche au détriment des peuples de la plaines qui s’étaient réfugiés dans la savane peu giboyeuse, donc mois convoitée. À défaut de troupeaux, ils s’en prenaient aux villages des hommes qu’ils considéraient comme gibier ordinaire. Les gros animaux se raréfiant, il devenait indispensable aux chasseurs de trouver un remède à ces concurrents dont le nombre croissait.
 
Je me gardais bien de parler de mes conclusions à Persycorne de peur de L’effrayer un peu plus. Une autre réflexion, qui trouvait son origine dès mon « immersion ». Comment d’un bout à l’autre de la planète, les hommes communiquaient-ils, pire, comment d’un bout à l’autre des âges? Sans doute par les ondes. Les ondes que l’on commence seulement à connaître par les ondes radios et dont on n’a découvert qu’une parcelle infiniment petite de leurs possibilités, alors que les hommes de la lointaine préhistoire, n’ayant rien d’autre comme moyens, se sont concentrés sur l’observation de phénomènes naturels alors que nulles autres préoccupations ne les perturbaient. Nu devant l’énormité du mystère qui m’a englouti, je n’avais pas d’autres explications pour me rassurer. Je comprenais mieux ainsi les « Peurs » de l’humanité. L’immédiat m’appelait, Persycorne me parlait et je l’entendais, tout comme j’entendais le galop des troupeaux et je sentais le dard du soleil, la fatigue aux pieds, le sommeil m’envahir ou le secret désir de Persycorne et le doux rêve  de Cherrubinella.
 
Les jours passaient et enfin les collines boisées se dressaient devant vous, immenses, couvertes de végétation inconnue, de feuillus superbes, de fougères arborescentes immenses, de conifères inégalés. Le silence, toujours le silence à peine troublé par la brise et le gazouillis de ruisseaux nombreux. Des oiseaux immenses aux formes singulières planaient en silence au-dessus de cette forêt étrange. Les branches touffues et retombantes de cette lisière nous firent un abri agréable pour cette nuit, avant l’ascension des pentes abruptes. Nous avions croisés et côtoyés de nombreux troupeaux d’Aurochs et de chevaux, puis de cervidés inconnus, même de la chasseresse. Aucun de ces animaux ne fut troublé de notre présence.
 
L’ascension se fit dès le premier jour, sous la conduite de mon guide. Elle avançait lentement, gravissant la colline les pieds bien à plat sur le sol moussu, respirant doucement, m’imposant de nombreuses haltes courtes. Entre les frondaisons, lorsque celles-ci le permettaient, la plaine aux herbes grasses s’éloignait peu à peu, l’horizon de ce côté, quant à lui  grandissait à vu d’œil, j’en arrivais à distinguer au loin la petite colline, puis derrière la pâleur jaunie de la savane. Trois jours encore à grimper sans autres interruption que les nuits de plus en plus fraîches. Enfin le sommet, ou du moins ce qui nous avait semblé le sommet. Les derniers degrés de notre longue marche débouchaient sur une lisière. Un  plateau immense s’étendait à perte de vue devant nos yeux ébahis. L’herbe était plus courte, moins haute mais tout aussi touffue, ce n’était qu’un tapis de graminées inconnues, dodelinant de gros épis d’un grain maigre et allongé; une sorte d’avoine que des chevaux énormes broutaient dans le calme et la fraîcheur de l’altitude. Parfois une brume humide et pénétrante nous obligeait à nous abriter sous la grande peau de renne tannée qui tapissait le fond de mon sac. En la dépliant et en la passant sur l’ épaule de Persycorne je ne pu m’ empêcher de penser au vieil homme aux yeux usés du rivage de la Méditerranée qui avait pensé à tout et je me fit en moi-même la réflexion que certainement des hommes avant moi avaient tentés sans résultats et sûrement sans retour c e voyage insensé. 
Je me raccrochais à ma position de « Choisi » pour tenter d’espérer une issue acceptable à ce transport démentiel. Un matin en me réveillant peut-être… je validais chaque soir ce début de nuit comme joueur du Loto qui espère enfin le gros lot tout en validant son bulletin pensant qu’enfin ce serait le bon! Moi qui n’avais jamais tenté ma chance à ces jeux, je me jurais que si par chance je faisais un de ces matins surface au vingt et unième siècle, mon premier acte d’homme libre serait de cocher autant qu’il est permis de cases sur un bulletin et de le porter au premier bureau de tabac venu. Mais je suis persuadé que dans ce sens-là cela ne marcherait pas! Il vaut mieux que j’attende patiemment le tirage au sort improbable de tous ceux qui n’ont jamais joué!
 
Persycorne marchait toujours, infatigable, imperturbable, confiante, comme si l’approche du Soulvègue avec sa « Sérénité » faisait son effet. Ni les bruines incessantes, ni la fraîcheur de l’air ne la faisait se plaindre. Les nuits se passaient sous cette peau de renne humide, à dormir d’une traite d’un bout de la nuit à l’autre, et même davantage. Il nous arriva une fois, harassée de fatigue, de nous réveiller tout hébétés le soir suivant, ne sachant plus où nous en étions. Enfin, un promontoire rocheux faisant face à la chaîne de montagne enneigée nous arracha un cri de joie. Le premier que nous exultions depuis bien longtemps. Nous le grimpions d’une traite, ne nous souciant aucunement de la fatigue de la journée. À nos pieds, une abondante végétation arbustive, différente du versant Sud descendait, de plus en plus luxuriante vers une plaine moutonneuse qui semblait un continent tant elle était immense, parsemée de bosquets, de résilles de rivières et de ruisseaux.
 
Le Soulvègue! Le Soulvègue! Je criais, Persycorne criait, sautant sur place le plus haut possible de ses pieds nus. Des nuages gris-blancs vaporeux sans cesse animés par des vents d’altitude jouaient avec les pics enneigés immenses. Toute la montagne était immense, l’altitude du moindre sommet était démesurée, sans commune mesure avec ce que nous connaissons au jour où j’écris ces quelques lignes. Le massif est si loin, et si haut, la plaine à nos pieds est tellement immense que nous fûmes pris de nausées. 
 
Pour la première fois, Persycorne qui ne se plaignait jamais et ne demandait jamais rien, me supplia de rester un jour ou deux sous ces rochers avant d ‘entreprendre la descente vers le Soulvègue. Autorisation que je lui accordais volontiers, proposant même plusieurs jours, les vivres le permettaient. Les petits ruisseaux glacées du plateau fournissaient l’eau à volonté, eau venue de je ne sais où! Et des herbes semi-aquatiques qui les bordent fournissaient un complément non négligeable d’une nourriture bien plus agréable que les galettes de viande séchées.
 
Nous nous endormîmes ce soir là et je ne sais combien de nuits nous restâmes à dormir sans discontinuer. Le petit matin nous surprit par un chaud rayon de soleil semblable à ceux que nous avions connus dans la plaine aux Aurochs. Le ciel redevenu bleu resplendissait de son azure immaculée. Les brumes et les averses avaient disparues, le sol séché dispensait une douceur parfumé des fleurs si discrètes que nous les avions piétinées durant des jours et des jours sans nous rendre compte de leur présence. La montagne enneigée avait disparue sous une épaisse couche de brumes et de nuage, ne laissant deviner que son pied dans l’immensité du Soulvègue qui  représentait maintenant bien plus qu’un continent.
 
Nos corps avaient rajeunis, s’étaient fortifiés par ce sommeil prolongé dont il nous était impossible de mesurer la durée tant le paysage avait changé, s’était métamorphisé sous le ciel serein et avait séché ses pleurs. Des insectes bourdonnaient en fendant l’air d’une vitesse inimaginable, les rendant insaisissables malgré mon impatience de les examiner de plus près. De petits oiseaux multicolores aussi avaient fait leur apparition, gazouillant et frôlant nos chevelures à une vitesse inouïe. Leurs homologues, sombres et immenses que nous avions observés en montant ici planaient le long de la pente, en direction de Soulvègue.
 
Nos journées passèrent à se prélasser sous les rayons du soleil redevenu généreux. Je scrutais sans cesse cette plaine « giboyeuse où paissent les bœufs laineux et où se trouve la sérénité ». La distance était trop grande pour discerner les choses hors mis les cours d’eaux qui la sillonnaient en abondance. Nous nous surprenions à imaginer les choses. Là des troupeaux, là des forêts, ici des lacs ou encore des villages. Tout changeait de configuration chaque fois que nos yeux revenaient sur ce que nous supposions être, déclenchant l’hilarité de nos deux êtres face à l’inconnu.
 
Ce matin là, ce fut Persycorne qui me secoua. J’avais les yeux plein de sommeil, elle sentait bon les fleurs des champs, son haleine de viande boucanée avait disparue, son visage resplendissait, ses yeux étaient presque verts. Elle venait tout juste de faire sa toilette dans l’eau fraîche d’un ruisseau, c ‘était le jour où il fallait reprendre notre exploration, elle souriait de me voir éperdu de sommeil. J’allais donc rejoindre le plus proche ruisseau et retrouver mes sens, revenir à la réalité du quotidien du « Choisi »!
 
Nous évaluons le trajet d’ici à la plaine à au moins trois jours, ce serait moins pénible en descendant. La végétation arbustive et sous-arbustive changeait par paliers. Les espèces d’arbres devenaient plus grands, plus larges, donc moins dense s, laissant place à des arbustes nains distribuant généreusement des fruits multicolores savoureux que de petits singes grappillaient en fuyant devant nous. Enfin nous foulions le sol du Soulvègue! Après quelques centaines de mètres sur ce sol tant désiré, Persicorne se sentit prise de nausées, de vomissements, et finalement s’effondra sur le sol. Angoissé, je lui giflais  les joues, elle restait blanche, elle d’ ordinaire si bronzée. Je la tirais inanimée à l’ombre d’ un buisson, tandis que je lui aspergeais le visage de l’ eau fraîche de l’outre, une patte lourde s’ abattit sur mon épaule et me fit tressaillir. Je n’ osais me relever ni me retourner tant la pression était forte sur mes os. Le temps d’un éclair toute l’ imagination possible me traversa, je voyais là la manifestation d’un de ces géants tant redouté, je ressentais la perte de Persycorne que j’ avais fini par aimer malgré moi.
 
---Redresse-toi, l’ étranger!
 
La voix fendit l’air comme une lame dans ma chaire, ici où rien ne bougeait, un individu faisait irruption, anéantissait sans doute la pauvre Persycorne qui agonisait en silence et dont la vie semblait s’en aller. Je me relevais donc lentement, tremblant de toute ma carcasse. L’ homme se tenait devant moi, l’ œil malicieux derrière d’ épais sourcils, le visage dissimulé derrière une longue barbe blanche, chauve, le crâne ridé. Dieu, pensais-je, Dieu en personne! Sa longue robe blanche immaculée ne me laissais aucun doute dans l’ état  semi-comateux où je me trouvais à mon tour.
 
 Je ne le regardais plus, je fuyais son regard. La voix se fit plus douce:
 
---      N’ai pas peur, je  t’attendais….
 
Encore un qui surgit de n ulule part, mais cela ne finira donc jamais!
 
---Tu es le « Choisi », envoyé des hommes du fond des âges pour ramener la « Sérénité » aux villages de pierres où l’humanité attend de vieillir en paix au milieu de ses enfants.
 
Je ne sus que répondre, celui-là aussi savait que je viendrais, alors pourquoi m’ avoir fait faire tout ce voyage alors qu’il eut été si simple de l’ apporter,  cette « Sérénité »!
 
---Il faut que tu sache, jeune intrépide, que l’ espèce humaine ne peux pas vivre au Soulvègue! Ne craint rien pour ta compagne, tu la portera plus en arrière, d’où tu viens, tiens, là bas, sur cette pierre, elle reprendra vie, n’ attend pas que son cœur cesse de battre, dépêche-toi!
 
Dans un état de grande fébrilité, je saisis Persycorne à bras le corps et la traînais jusqu’au petit rocher car elle était bâtie comme une guerrière et    l’émotion , la fébrilité faisaient fuir mes forces, l’ espoir revint lorsqu’ au bout de longues minutes qui me parurent interminables, le visage de la fille s’ éveilla. Déjà, « Dieu » me rappelait auprès de lui.
 
---Tu es le « Choisi », bois ceci!
 
Et il me tandis une petite fiole faite d’un fruit durci, je sentais d’abord  le breuvage qui me sembla acceptable et je bus, à demi conscient, pressé d’ en finir avec cette histoire invraisemblable. Persycorne vivait à présent et je la voyais se relever toute hébétée, sur son rocher.
 
---Dis-lui de ne pas bouger de cette pierre!
 
Je m’ empressais de faire la commission.
 
---Nul individus du genre humain n’ ai jamais venu au Soulvègue, ceux qui ont essayés sont morts comme cette femme à faillit faire, et toi aussi si les signes des « Voûtes Célestes » ne m’ avais pas prévenu de ta venue. Cette liqueur que je viens de te donner te permet de vivre ici le temps qu’il te plaira. Viens!
 
Le temps de porter le sac de vivres à Persycorne et je rejoignis à la hâte « Dieu », enfin celui que je nommais ainsi! Il m’entraîna dans son antre faite de dalles de rochers dressées et de branchages. Il me dit qu’il était seul ici et que personne ne devais y venir, et que je devrais de toute façon partir sous peu avec ce que je venais chercher. Il me tendit un lourd bâton creux, avec à l’ intérieur des sortes de graines qui faisaient un roulement chaque fois qu’ on le retournait sans dessus de dessous, me faisant penser au fameux bâton de pluie des africains. Et c ’était pour cela que j’ avais fait tout ce chemin, que j’ avais dû quitter Cherrubinella et faillis perdre Persycorne!
 
---On m’ a envoyé ici pour y ramener la Sérénité, que dois-je faire?
 
« Dieu » malicieux me regarda d’ un air narquois.
 
---Maudit ignorant! La Sérénité ne s ‘achète pas, la Sérénité ne se vend pas, la Sérénité ne se vole pas! La Sérénité  se mérite!
 
---Dis moi, Homme -Dieu, comment la ramener chez les miens?
 
Le bonhomme sembla flatté par le terme de « Homme-Dieu » et me regarda avec plus d ‘intérêts.
 
---Tu es le « Choisi », n’es-ce pas?
 
---C’est ça, je suis le « Choisi »!
 
---Qui est cette femme?
 
Il me questionnait comme pour m’ éprouver, car dès son premier contact il avait indiqué qu’il m’ attendait et que j’ étais le »Choisi », comme s’il voulait s’ en convaincre une bonne fois pour toute.
 
---C’est une guerrière qu’ Athobaryfolens m’ a confié comme guide pour parvenir jusqu’ici.
 
---Athobaryfolens, ce bon Athobaryfolens! Là-bas on le désigne comme chef spirituel du Soulvègue! Penses-tu qu’il y serait venu lui-même! Il t’envoie avec une femme! Enfin, voyons ce que nous pouvons faire. Cette nuit je convoquerai les sages et les Maître divins des Voûtes Célestes et nous parlerons, maintenant retourne auprès de ta guerrière et remontez plus haut dans les taillis, je viendrai te chercher après le levé de l’Astre du Jour et je te dirai ce que nous avons décidé pour toi et ton peuple.
 
Sur ces paroles inquiétantes, je ne précipitais aux nouvelles de la brune Persycorne. Je la trouvais assise sur son rocher, abasourdie encore par ce comas subit et je pouvais lire dans ses yeux noirs toute l’ angoisse que lui inspirait cette arrivée au Soulvègue mystérieux. Ni elle ni moi                 n’entendions par Sérénité le mortel accueil qui nous fut réservé.  
 
Je contais à Persycorne, dans le détail, l’ entretien que j’ avais eut avec l’ homme à la barbe blanche. Nous nous efforçâmes à mâchonner sans appétit une galette de viande séchée et le sommeil ne vint pas. J’ écoutais avec frayeur les bruits de la nuit, le cri de quelque animal, d’oiseaux de nuit, le vent dans le branchage. Lorsque le jour parut, nous étions étandus côte à côte, les yeux grands ouverts, avec d’étranges sensations de picotement et la gorge sèche, l’ estomac noué, les symptômes d’une nuit blanche, étrangement blanche, sans rêves ni pensées.
 
Une gorgée d’eau fraîche nous remis un peu de cet état second et il ne nous restait plus qu’à attendre la venue du « Dieu » de ces lieux.
 
La voix tonitruante sortie de son immense carcasse ne tarda pas à ce faire entendre.
 
Après avoir rappelé à Persycorne de ne pas bouger de l’endroit où nous avions passé la nuit, je dégringolais la pente en direction de l’ homme. Tel un dieu, il rayonnait de blancheur dans son manteau.
 
---Les Dieux de la Voûte Céleste te sont favorables, puisque l’ âme des Chamans morts te sont favorable.
 
---Mais, que dois-je faire?
 
---Retourne d’où tu viens, détruits les Géants comme il te plairas, et rentre dans ton village lointain par les voies qui t’ on amenées ici.
 
---Comment pourrais-je venir seul à bout de ces géants?
 
---Observe, prend ton temps et agit, le Maître des « Voûtes Célestes » te met à l’épreuve . Si tu réussit, les Cieux donneront la Sérénité aux peuples de la Terre, si tu échoue, malheur à, toi et aux peuples de la terre.
 
Le père « Dieu » me disait ces paroles en me fixant d’un regard pénétrant comme pour dire « enfonces toi bien cela dans la cervelle! » et il disparut par là où il était venu et les pans de sa toge soulevaient poussières et brindilles.
 
Je restais planté là sous un soleil tiède et je sentais bien que je n’ avais plus rien à y faire, j’ avais les paupières lourdes et mon souffle devenait de plus en plus court, l’ effet du philtre se dissipait progressivement et je rejoignais en hâte Persycorne. Je lui expliquais que la mission était presque terminée, en prenant soin de ne pas lui parler des Géants de peur de l’ affoler; surtout, je ne savais pas comment m’ y prendre pour les liquider tous!
 
Je mesurais le temps que nous avions mis pour venir au Soulvègue depuis notre départ du camp d’ Athobaryfolens, cet Athobaryfolens, niais, naïf et poltron, un tantinet vantard, occupait le grade de gardien spirituel du Soulvègue et plusieurs mois de notre ère nous séparaient de lui. Nous fîmes contre mauvaise fortune bon cœur, reprenant notre progression en sens inverse. Cette fois, personne ne nous fit dont de victuailles pour le voyage. Je m’en remettais donc à Persycorne, guerrière et chasseresse qui saura tuer l’ aurochs ou le bœuf laineux le moment venu et surtout, saura boucaner les viandes pour les conserver. Invariablement, le même paysage de rêve se déroulait devant nous pour accéder au plateau, puis en redescendre vers la plaine verdoyante.
 
Chemin faisant, les idées se firent plus claires dans mon esprit et j’ entrevis même une stratégie pour venir à bout des Géants. Il me restais à revoir les détails de l’affaire, puis à convaincre Persycorne et le bon Athobaryfolens.  Je devrais voir aussi avec la guerrière si le stratège était faisable. Je ne connaissais pas encore suffisamment les habitudes des Géants, ni les humeurs du Chef Spirituel du Soulvègue.
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