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Lucius Lucidus , l'histoire se passe au tout début de notre ère Ensuite paraitra le Blé d 'hiver années 50 dans le lot, puis "le Plumier" 1870/1914 dans la Sarthe

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LE CAS DES GEANTS

 
LE CAS DES GÈANTS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quel dommage de devoir quitter cette région si belle et agréable, Persycorne était de cet avis. La pensée viscérale de Cherrubinella me revenait sans cesse et me poussait à ne pas déserter de la mission qui désormais était la mienne.
 
J’ expliquais à Persycorne que là où se terminai la grand plaine aux Aurochs, commençait la plaine aux grandes herbes sèches qui abritait son peuple sous les ordre d’Athobarypholens. Je me renseignait sur le courage et la détermination dans la lutte contre les « Géants » de son chef. Elle m’ assura de sa loyauté aux Chamans et aux Forces des Voûtes Célestes qu’il craignait le plus au monde, mais qu’il serait nécessaire de le convaincre et même de l’ effrayer afin de l’ amener à faire faire mouvement à ses hommes . En effet depuis des lustres, il est l’ immobilisme personnalisé, horrifié d’avoir à faire face physiquement aux « Géants ». En clair, il attendait un « je ne sais quoi » qui ne venait jamais et qui ferait pour lui le combat ultime.
 
L’ interprétation que je fis de cette description sommaire me satisfaisait parfaitement, me convenait. J’avais hâte de revoir les pentes tièdes et savoureuses de Château-Beau. Le moment venait semble-t-il de clore cet épisode au travers les Continents anciens et improbables. Un poids impressionnant s’évaporait lentement de ma cage thoracique, mes épaules se soulevaient et ma gorge se desserrait, je respirais mieux, mon crâne se détendait, mes oreilles qui s ‘étaient mises brutalement à s’échauffer et à bourdonner se refroidissaient, j’ entendais mieux à présent. Le voile de brumes épaisses et noirâtres s’estompait devant moi. J’ avais envie de crier « Ouf! », mais rien n’ était fait encore, je dû calmer mon esprit et le ramener à la réalité du moment. Le calcul rapide que j’ avais fait n’ était que dans une phase de préparation et ce n’ était pas encore le chemin du retour à ma maison.
 
Les gros animaux continuaient à traverser cette grand plaine en tous sens et en troupeaux. Tantôt les Aurochs, tantôt les chevaux, tantôt les bœufs laineux et d’autres bœufs blancs et noirs, les cerfs, les sangliers…dans le ciel planaient toujours ces grands oiseaux noirs ou blancs selon les espèces. Autours de nous les colibris, les libellules et les mouches de toutes sortes virvoletaient de fleurs en fleurs, de crotins en crotins, de bouses en bouses. Les mêmes fleuves et rivières roulaient leurs eaux limpides en doux clapotis au travers des pâturages, offrants généreusement leurs passages à gué aux bestiaux et à nous même. Persycorne marchait derrière moi, soucieuse et silencieuse, les yeux rarement levés vers le ciel bleu immaculé, comme si elle redoutait sa fureur à venir.
 
J’ avais échafaudé mon plan à haute voix.  Je voulais persuader Athobarypholens à conduire ses hommes au travers de cette plaine herbeuse qu’ils redoutaient et à pousser à grands fracas les troupeaux vers les herbes sèches de la savane où ils trouveraient bien de quoi survivre le temps nécessaire à affamer nos « Géants » . La Chasseresse approuvait mon plan sans réserve, même si une longue préparation était nécessaire. Le pire restait à venir: convaincre le chef! Les jours passaient à marcher droit devant nous lorsqu’une tache claire se détachait enfin de l’ horizon. La savane était en vue, qui tranchait nette avec ses herbes sèches et la plaine herbeuse.
 
Trois longues journées furent nécessaire pour y parvenir enfin et autant parmi les touffes qui s ‘écrasaient sur elles mêmes. De minuscules pousses vertes pointaient à peine leur nez hors du sable chaud, indiquant que la saison était maintenant propice à la régénération de la savane. Enfin, les premiers guerriers nous barraient la route et nous conduisaient à  leur chef, un certain Klavispood-prononcez comme vous pouvez!- grincheux et qui ne comprenait rien à rien. Persycorne réussit non sans mal à nous faire conduire à Hathobarypholens. Le Klavispood en question était en poste ici depuis fort longtemps et avait pris ses habitudes, ainsi que ses hommes que la routine avait enveloppée dans son grand manteau d’ignorance et de confort. En effet, comme l’ avait si bien souligné Persycorne, après avoir remué le bon chef, il faudrait à ce dernier une somme inépuisable de ressources pour entraîner ses lieutenants dans l’ aventure. Pour le repos de mon esprit enfin retrouvé et impatient d’en découdre, il valait mieux ne pas trop y penser. J’ invitais ma compagne à faire de même.
 
J’ avais oublié, depuis tous ce temps que la savane aussi était immense et encore plusieurs jours nous séparaient du campement d’ Athobarypholens. Nous y parvenons enfin. Les lieux avaient changés quelque peu, mesurant ainsi le temps passé!  Le chef était là, affairé avec un groupe d’hommes à dépecer un phacochère. Il sembla gêné de nous revoir, comme déçu d’un retour qui lui compliquerait l’ existence. Il faisait mine de ne rien comprendre à la narration du voyage et Persycorne dû sans cesse le ramener à la réalité du récit. L’ apparente absence de son attention à ce que nous lui racontions commençait singulièrement à nous énerver tous deux et je dû à contre-cœur parler des inconvénients pour lui à refuser à collaborer au plan d’ anéantissement des « Géants » , reproduisant textuellement les paroles de « Dieu », le gardien du Solvègue, lui rappelant que j’ étais le »Choisi » et que l’ homme en blanc avait été prévenu de ma venue par les « Forces des Voûtes Célestes » elles-même!
 
Athobaryplolens quitta sa bonne mine débonnaire et dédaigneuse et devint blême, tremblant, balbutiant des phrases inaudibles. Nous prîmes congé de lui, heureux de l’ avoir mis dans cet état de soumission obligée. Encore une nuit sans sommeil, sans fermer l’ œil et à contempler les étoile. Persycorne me les nomma une à une dans des noms que j’ ai totalement oubliés tellement ils étaient invraisemblables dans son dialecte et intraduisibles en français. Je retins cependant le sens de chacun d’eux. La connaissance de cette fille semblait infinie. Je dû dormir un peu sur le matin, harassé de tant de jours de marche. Me retournant à mon réveil, elle avait quitté sa couche. Des pas et des voix féminines venaient en ma direction; ma guerrière venait me tirer de mon abri de branchage, accompagnée des trois guerrières des premiers jours. Toutes quatre avaient eut l’ audace de réveiller Athobarypholens en pleine nuit et de le convaincre à se mettre sous mes ordres. Apparemment cette perspective convenait à sa poltronnerie  et à son manque d’initiatives.
 
Les préparatifs durèrent plusieurs mois. Il fallu convenir du rôle de chacun des campements de la périphérie de la savane , amonceler des vivres, des armes  et des outils; sortes de crécelles faites de tronc d’arbre creusés. L’ opération durera au moins six mois et sera menée dès le printemps suivant. A l’ échelle du temps je n’ en étais plus à un an près!
 
Depuis quelques temps, un vieil homme voûté, marchant péniblement appuyé sur un bâton noueux venait nous rendre visite. Persycorne le connaissait bien, c’ était son ancien maître d’armes; c’est lui qui jadis enseignait aux jeunes du village comment confectionner les arcs et les flèches et les formaient au tire sur des cibles de roseaux tressés. Sa mémoire remontait à fort loin et je me rendis compte qu’ à cette époque, soit les années étaient très coutres, soit les gens vivaient très vieux! Son expérience et ses récits aussi nous furent précieux. Même mes guerrières ne connaissaient pas tout de l’ histoire du village! Il nous indiqua par où les « Géants » déferlaient sur les troupeaux et sur les villages. Par trois fois au cours de sa longue existence, il eut à connaître de telles attaques, toutes plus désastreuses les unes que les autres. Cette idée de les affamer lui convenait et il déplorait que le Chef n’ ai pas eut cette audace plus tôt, ni même ses prédécesseurs. Et il en avait connu des Chefs tout au long de sa vie! Sans aucuns doute, la prochaine razzia que nous leurs imposons se déroulera comme les précédentes, puisque ces « humanoïdes » n’ ont aucune intelligence et tomberont dans nos pièges. Il voulu en savoir plus sur nos intentions.
 
Notre but était d’amener le plus grand nombre d’animaux au bout de la savane, dans les régions rocheuses le temps d’incendier les herbes sèches lorsque les prédateurs y auront pénétré profondément. Les habitants, restés à la limite extrême des herbages refermeront alors un front sur cette ligne et attaqueront les « Géants » qui rebrousseraient chemin .
 
---Tous les animaux seront sauvés?
 
Me demanda-t-il.
 
---Hélas non, il en restera un grand nombres dans les herbes vertes car la plaine est immense; ceux-là nous les y disperseront et ils seront sauvés, dans la savane, certains échapperont et seront soit asphyxiés par le feu ou dévorés par les « Géants ».
 
---Veille à exterminer tous les « Géants », lorsqu’ils descendent sur nous, nous sommes sûr qu’ils viendront tous, il n’ en restera aucun dans les montagnes. Si ils sont affamés, ce sera une raison de plus pour qu’ aucun ne subsistent.
 
---Durant notre voyage il est étrange que nous n’ en ayons rencontrés aucun en franchissant la montagne?
 
---Ne te pose pas tant de questions, étranger venu de nulle part, tu es le « Choisi », les « Forces des Voûtes Célestes »  ont veillées sur toi, voilà tout!
 
La nuit qui suivit cette conversation fut longue en questionnements. Si les « Forces des Voûtes Célestes » me protègent tant que je fais ce voyage et que je lutte contre ces bestioles, pourquoi n’ ont-elles jamais songées à faire ce nettoyage elles-même! Et la même question me revenait depuis si longtemps: pourquoi moi! Pourquoi ce ou ces Dieux mystérieux n’ ont-ils pas tout simplement empêché cette situation!  Je posais enfin ces questions au vieillard voûté. Il me dit qu’il n’ avait pas la réponse et qu’il en parlerai au Chaman lorsqu’il passerai au village.
 
Un beau matin, le vieillard voûté vin me trouver et me conta une histoire invraisemblable dont l’ énoncé ici prendrait trop de temps et je ne suis pas absolument certain de la transcrire exactement. Persycorne fut effrayé par ce qu’il racontait. Il était question de Dieux qui étaient avant les Dieux et de Dieux qui étaient encore avant! D’ animaux qui étaient avant les animaux actuels et d ‘autres bien avant encore, d’ hommes avant et avant les hommes actuels et de géants bien plus effrayant qui vivaient avant tout cela et avant même les Dieux. Il énuméra toute un progression de l’histoire avec maintes et maintes méandres et à un moment donné, je perdis le fil du récit. Il en ressort à peu près ceci, que des Dieux régnaient nombreux et heureux sur une nébuleuses qui préfigurait la planète que nous connaissons actuellement. D’autres Dieux en surnombres, venus d’une autre nébuleuse disparue de l’ univers seraient venus perturber la vie de nos Dieux; il s’en suivit une guerre sans merci et la disparition des deux races de Dieux et la nébuleuse immense se refroidissant sans l’ âme des ses Dieux devint un immense rocher difforme qui s’ enfuit de l’ univers. Un petit groupe de Dieux errants élurent domicile sur ce rocher et le fertilisèrent, il reprit sa place au milieu des étoiles et des autres planètes. Le premier des Géants serait un autre Dieux venu d’ailleurs et tombé ensuite en disgrâce, relégué enfin au rang de mortel. S’en suivit ensuite toute série d’histoires encore plus invraisemblables pour en arriver aux hommes et aux géants. Les hommes ayant été un jour irrévérencieux envers les Dieux, les « Forces des Voûtes Célestes » décidèrent de les mettre à l’ épreuve . L’ humanité peuplant la terre fit preuve d’une bonne organisation sociale et d’ une organisation morale acceptable. Manquait la sérénité aux homme, c’est l’ ultime épreuve qui fut exigée. C’est donc moi qui en fut chargé!
 
Par respect pour Persycorne et pour le vieillard voûté, je parvins non sans mal à réprimer un fou-rire cinglant: je venais tout juste de faire la parallèle avec le Messie!  Néanmoins, le raccourcis de ce récit fut édifiant, à chaque civilisation sa mythologie!
 
Cependant que je philosophais avec le vieillard voûté sous les yeux verts étonnés de la brune chasseresse, les autres s’ affairaient aux préparatifs du piège à géants sous les ordres d’ Athobaryfolens redevenu enfin autoritaire. Le temps me parut infiniment long dans cette attente. Je n’ avais nullement envie de m’y investir. Persycorne l’ avait fort bien compris et me fit visiter la région de la Savane à la limite des herbage; nous vivions de la pêche en nous aventurant jusqu’aux cours d’ eau. Nous observions tout à notre aise les gros animaux qui broutaient cette herbe grasse ou ruminaient dans la plus grande quiétude sous les rares arbres des berges. Les derniers temps de l’ attente se passèrent à sillonner la frontière entre la Savane et le massif rocheux par où je suis arrivé jusqu’ici. Cette roche compacte, comme de la pierre en fusion refroidie me fascinait. Ce n’ était ni du basalte, ni du granit, ni du schiste, Persycorne m’ expliqua que nous étions en présence d’un ancien continent, seul vestige du caillou céleste d’où est partie toute la vie animal et végétal et me rappela le discours du vieillard voûté. Je nageais en plein délire des âges anciens où l’homme faisait appel à son imagination pour s’ expliquer à lui même l’ origine de la planète. Fait troublant, à cette époque, il semblait normal aux êtres pensant que notre vieille terre soit une planète, qu’elle soit sphérique et qu’ elle gravite autour du soleil, parmi d’autres astres.
 
Nous étions arrivé à la hauteur de la broche par où j’ étais descendu il y a maintenant bien longtemps, puisque toutes notions de jour, d’heure, d’année avaient pour moi disparue.  Il me tardait de grimper à nouveau ces rochers, de rejoindre le mystérieux rivage de cette mer sans teint et sans fond, de naviguer je ne sais comment vers les miens du Château-Beau, d’y retrouver la Sauvagesse et peut être de revenir aux années deux mille de notre ère. Persycorne m’accompagnera-t-elle? L’y autoriseront-ils? Je pensais aussi que Cherrubinella du Chateau-Beau devait avoir bien changé depuis si longtemps! Le temps! Le temps, je ne le comptais plus depuis fort…longtemps!
 
Après tout, ici la vie était douce, sans soucis, vivant au jour le jour, je m’y étais fort bien habitué, cela durait depuis bien longtemps et je ne pensais plus à faire des projets, j’ oubliais que j’ étais le « Choisi ». Persycorne rayonnait, ses traits s’étaient affinés, elle était devenue ma Muse, elle devenait poète devant les fleurs, les oiseaux, le ciel bleu. je lui en avais tant raconté sur tout ce que je savais dans ce domaine.
 
Ce matin, nous avions découvert une petite source d’ eau étonnement fraîche au pied des rochers brûlants et nous nous enivrions de cette onde limpide. Le son des cors en corne de bœufs laineux nous tira de nos rêveries; l’ ordre de marche des chasseurs et guerriers retentissait de toute part dans la Savane. Persycorne bondit sur nos armes et sacs de provisions et me tira par le bras en direction des habitations de branchage de son village tout proche comme si elle m’ avait conduit jusqu’ici en présentant l’ heure « H »du jour »J ».
La longue marche à travers les herbages, au milieu des troupeaux paisibles, par delà les cours d’ eaux abondants nous conduisit au pieds des montagnes dont nous avions, Persycorne et moi, gravit les pentes boisées et odorantes. Derrière elles, s’ étendait à perte du vue le « Soulvègue » mystérieux, jusqu’à de très hautes montagnes dont les sommets disparaissent dans le ciel. Nous devions rester au pieds des premières, sans les franchir. Athobaryfolens défilait avec ses lieutenants le long de cette ligne tout en disposant ses hommes,  donnant ces derniers ordres. Nous lui emboîtons le pas. Une colonne impressionnante d’hommes, femmes, vieillards et enfants s’ était constituée. Chaque famille recevait un secteur de marche et devait garder un intervalle précis entre chaque individu. La guerrière me précisa que cette chaîne humaine allait d’ un océans à un autre. Elle n’ avait jamais vu aucun de ces océans, son village étant bien trop au milieu des terres, Athobaryfolens n’ était pas le seul chef sur les Savanes, elle m’ en décrivit au moins une centaine. Athobaryfolens était le chef de l’une d’elles. La dimension de ce monde me parut impressionnante, son  organisation sociale aussi. Cette civilisation a disparue sans que personne n’ en connaisse l’existence, sans doute beaucoup d’ autres se sont succédées sur la planète sans que nos scientifiques n’en soupçonnent la présence et ne puissent dater exactement l’ère où ils vivaient; moi-même j’ ai perdu toute notions et préfères ne pas y réfléchir. J’émet cependant l’hypothèse que tout cela est enfoui sous des millions de mètres cube de sédiments de lave, que sais-je encore et plus rien ne subsiste. Toute vie à peut-être disparue momentanément de la surface du globe, rien n’ est impossible…à moins que je vive un étrange rêve éveillé, un comas où je suis plongé  depuis des années!!!
 
Nous campons de nouveau et attendons de longues journées, vivant de pêche et de chasse  sans nous éloigner du lieu assigné. Le son lugubre des cors en corne de bœufs laineux s’ épanche au pieds des collines, de loin en loin, donnant à l’ instant présent une certaine solennité.
 
Guerriers et guerrières, chasseurs et chasseresses s’ affairent à leurs balluchons et en sortent de longues sagaies, passent à leur cou d’ étranges sifflets de coudrier ou de racines de saule. Les olifants sonnent de nouveau et chacun se met en marche sur une seule ligne, chargés des sacs de vivres qu’ils se sont répartis, les heures passent en une progression lente et silencieuse. Au bout de quelques heures, les sifflets retentissent en un tintamarre invraisemblable, par salves. Les premiers animaux en vue détalent devant nous. Je suis impressionné, pour la première fois de ma vie on m’ a  écouté et pris au sérieux… et cela commence à fonctionner. À intervalle réguliers, comme pour m’ encourager, Persycorne me tapote l’ épaule et m’ adresse un sourire complice. C’est vrais, elle y est aussi pour quelque chose, ce plan, nous l’ avons échafaudé ensemble à notre retour du »Soulvègue ».
 
Cette brillante progression en tirailleur durera jusqu’au couché du soleil. Une douce luminosité s’abat alors sur la campagne devenue silencieuse. Les familles se passent de l’ un à l’ autre les victuailles pour l’ unique repas de la journée; on sent bien que la fatigue les a rejoint et le sommeil s’ empare de nous tous. Seuls quelques veilleurs restent debout ça et là; ils seront relayés plus tard. Les ténèbres ne tarderont plu maintenant, l’ ombre des collines s’ étirent sur la plaine. Les animaux eux aussi se sont endormis malgré le trouble que nous leurs avons causé, on n’ entend plus leur cavale devant nous.
 
Je ne parviens pas à trouver le sommeil, une impression étrange, tout en me poussant de l’ avant m’ angoisse, comme si un danger menaçait. Je sent derrière moi l’ œil noir des géants qui nous observe, qui nous guette, qui nous pénètre et nous maudit. Une seconde conscience semble contredire la première. Je doute de mes possibilités à mener à son terme cette entreprise. Je doute de l’ opportunité de ce que je suis entrain de faire, je doute de mes chances à revenir chez moi, dans la douce routine des années jadis.
 
Soudain, tout chavire autour de moi, tout s’ agite, une main énorme de géant me saisit le bras et me secoue violemment puis me relâche; je n’ ose ouvrir les yeux, reste immobile comme pour faire le mort devant cet animal qui ne manquera pas de me dévorer. L’insomnie à fait place au profond sommeil qu’ engendre la fatigue et l’hystérie à l’ approche du but final de mon combat. Cette agitation soudaine, c’est le réveil des chasseurs qui m’entourent, cette morsure du bras qu’ on me distant, c’est la main de Persycorne qui me réveil pour le départ en cette nouvelle journée de traque des animaux. Il est tôt, le soleil est encore derrière les montagne et ses rayons, faute de réchauffer l’ air du matin, éclairent toute chose d’ un ton rosé. Nous reprenons la marche sans dire un mot, les bêtes ont pris de l’ avance sur nous, les crécelles et les tam tam se taisent encore. Au dessus de nos têtes, le ciel est maintenant devenu azuréen, la chaleur commence à chauffer nos épaules, puis notre être tout entier. Mes angoissent ont disparues, je me sent un autre ce matin et je maudit les nuits avec leur lot de cauchemars.
 
Les jours passent, et par un bel après midi, alors que mon estomac se calme enfin de la faim qu’il faut bien supporter jusqu’ au soir, les guetteurs rejoignent en hâte notre ligne humaine  et ordonnent la séparation des uns et des autres, nous regroupant là où ils ont décidés l’ opportunité de le faire.  Ils nous invitent à prendre nos dispositions de combat sur nos flancs et nos arrières. Très vite je comprend la gravité de la situation, nous l’ avions prévue et même souhaité. Les « Géants » intrigués et voyant les animaux fuir et leur échapper, ont enfin entrepris de déferler sur la plaine herbeuse. Athobaryfolens nous rassure, les troupeaux ont quitté l’herbage et franchit la savane. Les ruptures par endroit de la ligne de front se situent sur leur trajectoire, et nous devons nous effacer de celle-ci afin de les laisser passer dans la fougue dévastatrice qui est la leur.
 
Les chevaux, les bœufs laineux et autres cornidés de tout poil errent désormais au pied des rochers et les chasseurs restés sur place attendent  l’ arrivée imminente des monstres poilus. En effet, telle une marée grisâtre, les prédateurs déferlent parmi les grandes herbes vertes de la plaine, leur instinct les pousse directement sur les traces des troupeaux. Courant comme des marathoniens, ils franchissent en deux jours la distance que nous avions parcourue en quinze.
 
Tapis parmi les herbes, sur la défensive,  nous les regardons cavaler comme des loups à la curée; ils ne nous voient même pas! Notre odeur forte de nomades hirsutes ne les atteint pas. Seules les plantes piétinées par les sabots et les excréments les fascinent. Un nouvel ordre est donné, nous formons à nouveau la ligne de progression avec à la main, qui une lance, qui un arc, prêts à frapper les individus de la race maudite s’ils venaient à faire demi tour. Le risque est grand en effet et les chefs ont paré à cette éventualité en armant solidement leurs hommes et aussi leurs femmes. Persycorne et ses guerrières n’ont pas attendus cette directive pour adopter la position de combat. Cette réactivité est impressionnante!
 
Déjà, une épaisse fumée noire monte devant nous, les Géants sont donc bien engagés dans la Savane et les hommes de l’ avant garde y mettent le feu en de multiples foyers. La brise attise les flammes que nous pouvons maintenant apercevoir. Les villageois restés sur place ont fait fuir les troupeaux latéralement au pied des falaises sombres. Nous souhaitons tous que les bêtes s’échappent toutes, mais le front est immense et je pense en moi-même qu’ hélas beaucoup périront soit suffoquées par les flammes, soit dévorées sur place par les Géants.
 
A quelques enjambées de la Savane en flamme, déjà consumée en bordure, il nous est demandé de nous arrêter et de prendre position au cas où quelques monstres rebrousseraient chemin et tenteraient de fuir en direction de leurs Montagnes.  Nous y passons même la nuit à la lueur de torches à l’ odeur infecte de graisse avariée. Trois jours se passent sans qu’ aucun des spécimens pourchassés ne retournent en arrière. Un goût de victoire nous envahit tous, mais les ordres sont toujours aussi strictes; nous devons tenir nos positions respectives en silence.
 
La Savane totalement calcinée offre devant nous un spectacle de désolation, les touffes d’herbe calcinées finissent de se consumer tristement, les arbustes offrent leurs carcasses décharnées pour tout décors. Au lointain, les falaises grises semblent plus hautes.
 
Nous avançons désormais parmi les fumeroles et l’ odeur acre d’un feu d’ herbes sèches; nos jambes nues sont moires et les mollets me picotent, nos gorges sont irritées. Nos langues et nos lèvres sont desséchées, nous économisons l’ eau de nos gourdes.
 
Après quelques jours de marche, nous rencontrons les premiers cadavres calcinés des grands singes, masses sombres carbonisées parmi les touffes encore fumantes. Les responsables mettent, à chacune de ces rencontres, un petit galet blanc, dans une escarcelle de peau pendue à leur ceinture. Une étrange comptabilité avait donc été prévue par les chefs de village! Persycorne me raconte que la population de Géants n’a jamais pu être évaluée avec précision. Elle m’indique, et le fait est surprenant pour une époque aussi lointaine au fond des âges, qu’ à chaque campagne de chasse, des hommes de chaque village parcourent la grande prairie jusqu’ aux montagnes et évaluent par la même méthode les populations de gros gibiers. Ensuite le chef de chaque village attribue un certain nombre de galets à chacune des famille. Un galet correspond à un bœuf laineux ou à un cheval; ainsi les troupeaux sont gérés au plus juste  pour l’ année. a l’ approche de l’ automne, le conseil des chefs du Soulvègue se réunit et ajuste le nombre d’ animaux si besoin, et détermine un stock commun par district de viande à boucaner en vue d’ éventuelles nécessités pour l’hiver, et aussi au cas où les Géants feraient manquer de vivres les populations. J’ étais une fois de plus stupéfait par l’ organisation nécessitée pour la survie et mes hôtes devenaient pour moi de plus en plus attachants. Nous restâmes un certain temps au pieds des falaises sombres, autour d’une petite source fraîche, qui, aussitôt sortie du rocher, disparaît sous le sable meurtri par l’ incendie.
 
Il nous restait peu de vivres et les chasseurs découpaient la chaire des bœufs calcinés, ils en retiraient une viande presque cuite, un peu dure, mais mangeable. Du village d’Athobaryfolens, il ne restait que des perches tordues, quelques carcasses de huttes encore debout. Ce dernier ne tarda pas à venir nous rejoindre. Étant le « Choisi », il devait bien sur me rendre compte de l’ opération.
 
Nous ayant réunis autour de lui, quatre de ses hommes déversèrent plusieurs sacs de petits galets sur une natte. Le tas était considérable, impressionnant et il ne fut nullement nécessaire d’un discours pour expliquer à chacun qu’il s’ agissait du nombre total de Géants anéantis. Un immense cris de joie s’éleva jusqu’ au sommet des falaises sombres.
 
Le jour suivant, j’ entrepris de les compter et j’ en trouvais plus de cent trente milles. Nulle besoin d’ un grand discours pour comprendre la menace que faisaient peser sur les hommes cette variété de charognards, au vu du nombre, mais aussi de leurs capacités destructrices! Le problème semblait résolu pour le Soulvègue immense, mais pour le reste de la planète? « On » m’ avait fait venir ici pour tuer les Géants et ramener la « Sérénité » mais encore….?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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