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Lucius Lucidus , l'histoire se passe au tout début de notre ère Ensuite paraitra le Blé d 'hiver années 50 dans le lot, puis "le Plumier" 1870/1914 dans la Sarthe

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LE RETOUR DU CHOISI

               
Le retour du « Choisi »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Athobaryfolens, satisfait de ma prestation avait organisé un grand festin. À cette occasion et définitivement, le village de huttes fut reconstruit dans la verte prairie, parmi les bouquets d’arbres qui croissaient tout près de la large et paisible rivière aux eaux si limpides que Persycorne et moi aimions tant. Pour cela il nous fallut quitter les falaises sombres et les grandes herbes calcinées qui empestaient la fumée et revenir sur nous pas pendant au moins une dizaine de jours.

 

Pour moi, désormais tout était « Soulvège » dès lors que la crainte des « Géants » était définitivement écartée. La vie de ces gens sera ne sera donc plus jamais comme avant. Plus de crainte d ‘être dévorés, plus de crainte de famine, les troupeaux allaient se reconstituer dans cette nature magnifique et inconnue dont j’appréciais le doux équilibre. Nous passions notre temps à batifoler, Persycorne et moi dans ces herbes d’espèces inconnues qui sentaient bon les fleurs des près. D’innombrables ébats dans l’eau claire et douce de la rivière qui nous portait sans effort au fil de l’onde, de longs moments tapis dans les buissons à observer le passage des bœufs laineux, des chevaux et d’étranges corvidés inconnus, occupaient nos journées et je ne pensais nullement à quitter ce lieu paradisiaque. De temps à autre, la pensée de Cheribinella m’envahissait d’une étrange oppression que je n’expliquais pas. Mon esprit restait dans le vague, vague à l’âme.

 

Je voulais revenir au Château-Beau tout en restant au « Soulvègue »!

Non pas que le dilemme Cherubinella-Persycorne se posait, loin de là. Si j’appréciais l’amitié complice avec Persycorne, Cherubinella me manquait. L’une était rudesse et force, l’autre était finesse et agilité; si l’une était sauvageonne, l’autre était sensibilité et douceur. Au plus profond de mon âme, Cherubinella me manquait bien que je ne l’aie que peu côtoyée…et puis c ‘était « mon Château-Beau »! La pensée de ma sauvagesse m’emplissait d’une joie doublée d’un mal intérieur que je n’expliquais toujours pas.

 

Depuis l’indéfinissable nombre des années passé sur cette terre lointaine, je venais seulement de réaliser que je n’avais connu jusque là qu’une seule saison! Pas d’été brûlant, pas d ‘automne doré, pas d ‘hiver noir ou blanc, qu’un seul et unique printemps. Quel merveilleux pays, quel soulagement pour les habitants d’ici de vivre en paix et en toute sérénité! Sérénité que j’étais venu chercher et que je devais ramener sur le vieux continent. Continents! C’était bien un de mes rares repaires car en vérité, je ne savais guère où je pouvais bien être; ailleurs c’est sûr!

 

Ce soir là, un groupe de chasseurs était venu me chercher dans la plaine, Athobaryfolens voulait me voir. Je m’en retournais donc avec eux au village des huttes sous les bosquets. Le chef du Soulvègue parlait de choses sans importances et d’autres choses tout autant sans importance, il se répétait souvent. Manifestement il n’arrivait pas à exprimer le but de cette entrevue. La nuit devenant profonde, nous convînmes de nous revoir le lendemain, à mon grand soulagement, et au sien.

 

Je ne revis pas Persycorne le lendemain, ni les jours qui suivirent, et plus jamais d’ ailleurs. J’en étais un peu attristé. Ce fut enfin le vieillard aux yeux usés de la falaise sombre qui vint enfin me trouver. Je le voyais amaigris et voûté, les joues creuses, le teint terreux.

 

---Amis, me reconnais-tu?

 

---Bien sûr que je te reconnais, c ‘est toi qui m’attendais au pied de la falaise sombre lors de mon arrivée ici!

 

---C’était il y a bien longtemps! Je craignais bien ne plus te revoir. Il faut que je te dise…

 

---Dis, ne me fais pas languir comme le fait Athobaryfolens, je vois bien que vous voulez m’annoncer que je dois rentrer chez les miens?

 

---Tu as deviné juste, Étranger venu de nulle part ! Tu vas enfin ramener chez nos frères lointain du pays de « l’Âge Mur », la « Sérénité » dont ils ont tant besoin eux aussi; vois comme la vie est devenue douce ici!

 

---Prenez garde à cette douceur, vieil homme, n’avilissez pas votre existence à trop de facilités!

 

Le vieil homme parut troublé.

 

----Ca, étranger, tu ne peux pas le dire… non, tu ne peux pas le dire, tu ne peux pas… tu ne peux pas….

 

Sa voix devenait vacillante, tout comme lui qui regardait fixement le sol tout en s’affaissant. Je le retins par le bras et il se remit debout. De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front.

 

 

---Enfin, qu’es-ce qui ne vas pas?

 

---Tu ne peux pas dire cela, ce n’est jamais arrivé! C’est arrivé beaucoup plus tard, tu ne peux pas la savoir, tu ne dois pas le dire…ce n’est pas maintenant, le temps n’est pas arrivé pour cela, tais-toi sur les choses qui n’existent pas encore!

 

Je finis par comprendre ce qu’il voulait me faire admettre et le malaise qui l’envahissait venait du brassage que je faisais des âges. Quelque chose de mystérieux revenait comme ma venue ici, mon étrange voyage, porté par je ne sais quelle force étrange, les « Forces des Voûtes Célestes » comme je les entendais invoquer souvent.

 

Lorsque je suis descendu ici pour la première fois, il m’attendait, les astres lui avaient annoncé, avait-il dit! L’Étrange décidément est partout! C’est lui qui m’a tiré de ma douce existence de l’année Deux-Mille Onze! L’Étrange, toujours l’Étrange! J’analysais comme je le pouvais toutes ces choses qui échappaient au bon entendement. Dieu Merci, j’allais enfin revenir chez moi, à mon époque.

 

Un immense sac de toile m’attendait au pied du rocher, grandement pourvu de vivre et d’eau. Je m’ harnachais de mon mieux, après avoir fait mes adieux à l’ homme vieux, avoir recommandé Athobaryfolens, tous les siens, tous les peuples du Soulvègue et bien entendu l’ infortunée Persycorne, je m’ engageais dans la cheminée rocheuse et abrupt. Il me fallu grimper souvent à la force des bras, mon pied échappait souvent sur les cailloux qui se détachaient de la paroi et tombaient avec grand fracas tout en bas. Je pouvais voir rétrécir le vieil homme qui m’observait, au fur et à mesure que je m’élevais. Il me semblait pourtant que le rocher était moins pourri le jour de mon arrivée et je dus redoubler de précautions à l’approche du sommet.

 

Le sommet enfin! Le plus terrible pour moi fut de me hisser sur la partie plane du plateau; à maintes reprises je me voyais échouer si prêt du but, les dernières prises pour me rétablir manquaient cruellement. L’homme vêtu de blanc paraissait minuscule sur le fond calciné du paysage. Un dernier effort et je me roulais sur la terrasse de granit et de magma refroidi. Un horrible mal de dos m’immobilisa pour un temps qui parut une éternité; ma jambe droite aussi était restée crispée par cet ultime effort. Un jour j’écrirais tout cela et je l’enverrai par courriel à mon voisin, il ne manquera pas de dire que j’ai une imagination débordante. J’en avais assez fait pour aujourd’hui et après m’être prudemment éloigné du précipice, je m’endormais comme une enclume à même cette roche plissée et lisse.

 

L’air n’avait plus cette suavité du Soulvègue chargé de fragrance de toutes sortes de fleurs; désormais, ici tout devenait désespérément minéral et brûlant de sècheresse. Il me souvint que je devais bientôt me protéger des rayons de ce soleil étrangement cosmique. Les sillons creusés dans le magma originel par les âmes montantes et les âmes descendantes paraissaient beaucoup plus profond qu’à l’aller. Plus rien ne m’étonnais, pas même le temps qui avait passé depuis. Plus de repaires et même de moins en moins d’illusions.

 

Le temps continuait de passer et je marchais, pour la première fois je sentais la fatigue. Je devais me persuader que je ne sortais pas de mon rêve, sinon tout se serait écroulé et il y a peu de chance que je me sois subitement réveillé dans mon lit. En cela le retour fut infiniment plus long et plus pénible. Tout aurait laissé à penser que cela dut être le contraire, puisque je revenais enfin chez moi. Ce monde hors du temps et de toute logique m’avait contraint à couper court à tout raisonnement cartésien lorsqu’il pointait dans mon esprit. Je marchais, je mangeais et je dormais. La route était toute tracée: droit devant.

 

Un soir, alors que j’allais me laisser tomber sur le rocher brûlant pour enfin dormir, j’entendis au loin le ressac de cette mer étrange et sans fond. La moindre contrariété troublait mon sommeil et cette rencontre avec la mer m’empêchait de fermer l’œil. Je me retournais sans cesse sur la pierre dure qui broyait mes os.

 

Combien de temps je dormis? Je n’en ai pas la moindre idée, mais le sommeil avait fini par l’emporter. Peu importait mes muscles meurtris, j’avais une hâte frénétique de franchir l’élément aqueux, « Chez Moi » était sur l’autre rive. La brèche d’effondrement s’offrait à mes pieds avec ses blocs énormes qu’il faudrait contourner un à un. La mer et son écume est bien loin encore, dissimulée sous une brume épaisse. Le ressac ne parvenait plus à mes oreilles, hier j ‘ai dû rêver, ou bien mon subconscient prévenait de la fin prochaine de mon calvaire. Combien de fois je me suis endormi durant la descente? Je n’en sais rien, mais plusieurs nuits se sont succédées, combien de jours avait demandé l’ascension? Je ne me souviens plus! Toute progression est devenue pénible et interminable alors que le contraire serait logique. Plus j’approchais du but, plus c’était long.

 

Enfin la grève et son odeur de silex mêlée à celle de coquilles mortes. Sur ma droite deus embarcations attendaient. Je m’y précipitais. La mienne, celle de mon arrivée gisait misérablement sur les galets, les cordages pourris, l’assemblage disjoint, le bois des troncs desséchés, fendus, en grande partie entamés par une exposition trop longue au soleil et aux embruns; définitivement hors d’usage. L’autre, réplique exact de la précédente trônait majestueusement sur un savant empilage de pierres plates formant un plan incliné en direction des eaux. Les troncs soigneusement choisis dans une essence inconnue et proprement écorcés luisaient au soleil infra rouge. Les liens en cordage bien ajustés rendaient l’assemblage parfaitement rigide.

 

Ignorant ma fatigue, j’installais à l’aide de sangles de cuir toute neuve, le grand sac plein de vivres et les deux outres d’eau douce qui avaient été préparées à mon intention. Il ne me restait plus qu’à enlever les cales de granit et pousser l’embarcation sur la pente. Mais quels étaient donc ces hommes qui surveillent discrètement mon voyage? Par quels mystères connaissent-ils mon itinéraire-tout droit devant toi- avait dit le vieil homme aux yeux usés!  Mais qui sont-ils, comment se déplacent-ils?   Comment communiquent-ils? A quoi ressemblent-ils? Sont-ils tous des vieux hommes aux yeux usés? Après tout, peu importe, je ne pense pas que jamais quelqu’un ne donnera d’explications, dus-je lui brûler les pieds pour le faire avouer! A moins que les étoiles… alors bien sûr…

 

Mes forces étaient revenues et je poussais énergiquement le radeau sur sa rampe. Il glissa régulièrement sur les pierres sans qu’aucune n’accuser le moindre accrochage, le moindre chaos préjudiciable à une bonne mise à l’eau. D’une détente leste, je bondis à califourchon sur le tronc central. Sans secousses, sans bruits, l’embarcation flottait en prenant de la vitesse sur les eaux livides de cette mer étrange. Je ne sais combien de jours et combien de nuits dura la traversée, mais cela me parut horriblement long, sans communes mesures avec la précédente traversée? Bien que le temps m’échappait totalement, et puis n’avais-je pas résolu de ne pas m’y attacher! Mon principal passe temps fut d’observer ces profondeurs abyssales sans teint, sans vie, sans horizons qui m’avaient tant impressionnée. Le mystère de cet éclairage naturel jusqu’aux entrailles du globe me fascinait.

 

La mer redevenue bleue semblable à ce que je la connaissais annonçait l’approche des côtes méditerranéennes. C’est par une chaude matinée, encore tout imprégné de sommeil que j’abordais enfin une plage de sable fin, moins hostile que tous ces galets difformes et ces pierres anguleuses que j’avais connus.  Une nuée de gamins courrait tout autour de moi, poussant l’esquif sur le sable brûlant. De ce tintamarre de voix aiguës, je distinguais de plus en plus clairement le mot de « Le Choisi! Le Choisi ».ces petites têtes hirsutes s’agitaient tout autour de moi et il en arrivait encore et encore des buissons des garrigues. Je courais moi aussi en direction des terres et je reconnus les maisons de pierres blanches avec leurs perches à filets dans tous les sens.

 

Un homme sorti de l’une d’elles et s’approcha.

 

---Toi!  « Le Choisi » soit le bien venu et la paix t’accompagne!

 

Je ne connaissais pas cet homme, je ne l’avais jamais vu, même en faisant l’appel le plus aigu à ma mémoire, je ne reconnaissais pas ce vieil homme aux yeux usés qui m’avais jadis accueilli et don m’avais parlé Hamalcucknack, l’homme Sage du Château-Beau.

 

---Où est le vieil homme aux yeux usés qui m’avait enseigné le voyage au Soulvègue jadis?

 

---Il y beaucoup d’hommes aux yeux usés ici, à force d’observer la mer, avec le sel.

 

En effet, cette mer était beaucoup plus salée que je ne la connaissais du temps de ma jeunesse.

 

---Je dis celui que je connais!

 

---Il y a eut d ‘autre guides ici avant moi, et celui dont tu parles n’est plus depuis longtemps, emporté par la vieillesse, comme beaucoup de ceux que j’ai connu!

 

---Tu le remplace?

 

---Je suis ton guide et les étoiles ont annoncées ton retour, soit le bien venu, nous sommes tous reconnaissant de ton exploit et désormais grâce à toi, nous jouirons pleinement de la sérénité. Viens te reposer.

 

Le rêve continuait. Les années innombrables avaient déferlées ici en mon absence et je ne m’en étais pas vraiment rendus compte. C’est du moins ce qui venais désormais à mon esprit, tout ce qui était avant, C’est à dire après mon départ semblait bizarrement estompé de mon horloge biologique. Je me reposais donc et un sommeil réparateur s ‘empara de moi tout entier et j’ignore combien de temps j’ai dormis. Une journée, deux jours, trois…je ne le saurais jamais. Je devais reprendre le chemin du Nord, revenir aux Château-Beau  et je jubilais à la pensée de retrouver Cherrubinella, deux chevaux étaient préparés à mon intention. Bien sûr, ce n’était pas les miens, inutile de demander une explication, je savais que pour eux aussi la vieillesse était passée par là. Par contre je m’inquiétais sur le devenir de « Kaolin » mon fidèle Albinos.

 

L’homme sembla surpris de cette question:

 

---Un jeune Albinos, je ne sais pas, on ne m’a jamais parlé de lui, on m’a simplement dit de préparer vivres et deux chevaux.

 

---Qui t’a ordonné cela?

 

---Les étoiles m’ont prévenu et j’ai obéi à ce qu’elles m’ordonnaient.

 

Le vieil homme qui tenait les bêtes par la bride vint à son secours.

 

---Souviens toi, nos anciens parlaient d ‘un Albinos du nom de Kaokmulcvka qui était venu il y a bien longtemps avec le « Choisi » et qui broyait le grain pour les galettes.

 

---Il y a bien longtemps de cela et je ne l’ai pas connu.

 

---Moi non plus je ne l’ai pas connu, il est mort très vieux à ce que l’on dit.

 

J’étais fixé sur le temps qui s ‘était écoulé, pas besoin de calendriers! Une vie humaine n’avait pas suffit à attendre ma venue ici, je commençais à envisager le paysage que je retrouverais aux Château Beau. Tous auront disparus! Mais moi, je ne me sentais pas plus vieux que depuis le début de mon étrange aventure, alors je pars !

 

Le voyage en vieille France ne me prit que le stricte nécessaire de jours pour accomplir le trajet jusqu’aux Château Beau. Je ne rencontrais personne sur le chemin qui n’était plus vraiment tracé sur les rives des fleuves. Par contre les animaux étaient beaucoup plus abondants. Je me sentais en pleine forme et seul le sommeil réparateur m’était nécessaire. Les buissons touffus y  contribuaient largement et un soir, je tombais dans les bras de Morphée à l’emplacement où devrait être mon village.

 

Mon réveil fut brutal. Doublement brutal. Un grand coup de pied dans les côtes me mit sur mes jambes.

 

---Debout fainéant! Encore un crève la faim qui rôde par ici, allé! Oust, dégage!

 

Un individu en jean, mal habillé et crasseux me faisait la chasse à travers les rues du village à moitié en ruines. Les chaussées étaient défoncées, des arbres et arbustes, acacias, églantiers, noyers croissaient en toute anarchie aux pieds des murs des maisons, endommageant les constructions. Tout ressemblait la misère noire. Je m’en fus sur le haut du coteau, là où devait se trouver mon quartier et ma maison. Même désolation s ‘offrait à mes yeux. Quel contraste, et pourtant j’en avais vu et entendu des choses durant toutes ces années d’absence.

 

Je trouvais ma maison fermée, lézardée, enfouie sous une épaisse végétation, comme celle, bien étrange que j’avais remarquée ce matin maudit de mon départ. À l’aide d’un morceau de ferraille qui se trouvait là, j’ouvris un volet, puis la fenêtre qui tomba en morceaux dans un bruit cristallin de verre pillé; tout était vermoulu. À l’intérieur, le spectacle était tout aussi désolant; les araignées avaient squatté toutes les pièces de leurs draperies poussiéreuses. Les meubles effondrés finissaient de pourrir, la vaisselle brisée jonchait le carrelage crasseux. Je retrouvais parmi de nombreux  débris, ma chaine stéréo en petits morceaux sur le sol. Un CD de Mozart sortait de son emplacement et je l’y réintroduis, pressant sur le bouton « START », bien que depuis longtemps le courant électrique ne circule plus dans l’installation de la maison, d’ ailleurs  la notion d’électricité avait disparue depuis longtemps pour les hommes qui vivaient là, le concerto pour flûte et harpe de Mozart s’échappa de l’appareil détruit. Je restais longtemps, jusqu’à la fin du morceau, agenouillé à même le sol, ne pensant à rien, buvant chaque note à petites lampées.  Sur mon bureau métallique encore intact, je redécouvrais le tesson de poterie et la petite pointe de flèche que j’avais exhumés de ma vigne jadis, la veille précisément de mon aventure intra terrestre. Je tenais là la pointe meurtrière de cette pauvre cherrubinella, et je n’en savais rien, et je n’en saurais jamais rien. Lorsque je l’effleurai du bout des doigts, la maison et le village tout entier se mit à trembler sous un immense éclair et un grondement de tonnerre effroyable. Je me précipitais dehors, les voisins étaient sortis de leurs masures et examinaient le ciel d’un air surpris et interrogateur.

 

---Il n’y a pas un seul nuage!

 

----L ciel est d ‘un bleu!

 

---J en’ ai pas rêvé, je l’ai vu cet éclair!

 

C’était tous de étrangers pour moi, tous étaient mal rasés, en guenilles! La misère était partout!

 

J’osais aborder le plus proche voisin, celui du côté de la porte de mon sous sol-porte qui n’existait plus et que quelqu’ un avait investi et y vivait.

 

---Vous vous connaissez tous ici?

 

---Pas tous, il y a souvent du changement!

 

---vous habitez ici depuis longtemps?

 

Sa ressemblance ma faisait penser à mon voisin de jadis.

 

---Depuis toujours, avant c ‘était mon père, et avant encore c’était mon grand père, et c’est son père qui avait construit la maison!

 

---Trois générations se sont succédé ici!

 

---Vous trouvez ça anormal? Si on s’en va, c ‘est un autre qui s’installe et on ne peut plus revenir,  quand on ne nous fout pas dehors pour prendre la place!

 

Puis d’un air menaçant:

 

---Vous voulez quoi au juste, qu’est-ce que vous faites là?

 

---Vous connaissez le type qui habite ici?

 

---C’est une maison où il ne faut jamais entrer, ça porte malheur! Le type, on dit que mes arrières grands parents l’ont bien connu, à disparu un beau matin sans jamais y revenir. On dit qu’il était un peu fêlé de la cafetière. N’y entrez surtout pas!

 

---Il n’est jamais revenu?

 

---Jamais, la semaine avant de partir, il avait dit qu’il y aurait de grands chambardements, personne ne comprenait ce qu’il voulait dire, mais          c’est arrivé! Et lui il a décampé juste avant!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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