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Lucius Lucidus , l'histoire se passe au tout début de notre ère Ensuite paraitra le Blé d 'hiver années 50 dans le lot, puis "le Plumier" 1870/1914 dans la Sarthe

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LA DAME DE CHATEAU-BEAU chapitre 1

Cet après midi se présente sous les meilleurs auspices. Il fait beau, le soleil brille généreusement, l’air est doux. Je marche le long de cette pente sur une terre fraichement remuée. Le sol est uniforme, mes chaussures laissent leur empreinte à chaque pas. Soudain, je butte sur une grosse pierre qui émerge du labourage, je continue. Après quelques mètres, je réalise que ce caillou dénote et qu’il vaudra mieux l’enlever et le jeter hors de la parcelle. Je fais donc demi-tour; la pierre est fortement encrée, il me faut la remuer lourdement pour la retirer enfin. Dans le trou laissé au sol, tout au fond, mes yeux se portent sur un petit morceau couleur blanc-ivoire. Une magnifique pointe de flèche intacte gît au milieu de deux morceaux de poterie noircie. L’un laisse voir la parfaite structure  intérieure en colombin lissée par les doigts du potier; l’autre présente sur la face extérieure deux striures parallèles soigneusement alignées faites à la pointe d’un outil en silex. Longtemps j’ai cru naïvement que le potier aurignacien utilisait une molette! Je récupérais donc soigneusement la petite pointe de flèche en silex et les deux morceaux de poterie; j’en ai déjà beaucoup à la maison, mais de pointe si belle, jamais.
 
Mon travail se poursuivit normalement jusqu’au soir, je n’avais pas ce jour-là  de préoccupations particulières, et le soir je rentrais comme à mon habitude à la tombée de la nuit. Fin Mars, les journées sont un peu plus longues tout de même. Le temps de passer à mon dépôt y laisser du matériel et  prendre d’autres outils, la nuit noire avait  embrassée toute la vallée.
 
Je rangeais  la camionnette le long de la maison et j’entrais. Une impression bizarre m’envahit soudain, une oppression, une sensation de malaise, une langueur angoissante. La lumière électrique avait du mal à se fixer sur le mur du vestibule, et, quant elle se stabilisa enfin,  un craquement de pas sur les lames du parquet de la chambre renforça cette atmosphère inhabituelle. Je m’y précipitais aussitôt,  muni d’un couteau de cuisine: rien, rien du tout! Ni sous le lit, ni derrière, ni dans la penderie de  l’armoire. La fenêtre était normalement verrouillée, pas d’effractions non plus sur les vitres. Je saisis le vieux fusil de chasse de mon père et je visitais chacune des pièces, et rien d’anormal n’attira mon attention, absolument rien, sinon que je réalise que j’ai entre les mains un fusil et que je ne dispose  d’aucune cartouche, mais alors d’aucune! Je me souviens que jadis, il les avait toutes données à un voisin le jour où il avait décidé de ne plus chasser.
 
Je n’avais pas très faim, je me mis à réchauffer un restant de soupe aux légumes de la veille. Les infos à la télé étaient commencées, le poste se mit à grésiller. L’image vacilla, l’écran devint tout noir, un craquement semblable à un coup de tonnerre  laissa échapper un éclair d’un rouge intense et l’image se réinitialisa, l’émission continua. Il me semblait maintenant que l’eau coulait dans la salle de bain. Plus les secondes passaient, plus c’était une certitude: un robinet coulait abondement! Je m’y ruais avec le fusil: aucun robinet ne coulait, tout était silence!
 
Le repas terminé, je rangeais le couverts dans le lave vaisselle et je prenais soin de ne pas le mettre en marche afin de conserver le silence dans la maison et qu’aucun bruit parasite ne vint troubler mon écoute après tous ces indices.  J’avais envie de m’allonger dans le canapé et de veiller un peu devant la cheminée où crépitait un feu rassurant. Encore une fois, un fait troublant me fit saisir le fusil: quelqu’un marchait lourdement sur la terrasse. L’arme à la hanche, je m’y rendais après avoir allumé  les lampes extérieures. Toujours rien! Portant on y avait bien marché! Je fermais donc tous les volets par précautions. J’en eus très vite marre! Je me réinstallais sur le canapé après avoir mis un C.D. de Smetana, « l’Ouverture de la Fillancée Vendue » je me délectais de cette musique et lorsque les violons se mirent à virevolter gaiement,  la pièce plongea dans l’obscurité totale, mais la chaine dispensait toujours la musique! Quelqu’un aurait-il basculé le commutateur  dans le couloir? Je bondis, toujours avec mon fusil, la lumière revint subitement et rien dans le couloir, rien dans la cuisine, rien dans la salle de bain, rien dans les toilettes, ni dans le bureau, ni dans les chambres. La porte du séjour  se referma brusquement dans un claquement sec et brutal. Personne dans la pièce, les portes-fenêtres fermées de  l’intérieure comme je les avais laissées, les volets de même. Le C.D. avait été changé, Smetana rangé dans son coffret; Brahms à présent diffusait sa symphonie. Je crus devenir fou! Je décidais une fois pour toute d’arrêter la musique, de m’enfermer à double tour dans ma chambre, le fusil à portée de main, un poignard africain ramené d’un voyage au Kenya, tout contre moi, la hampe serrée dans ma main droite.
 
Le sommeil ne vint pas tout de suite, mais il vint enfin. J’ai dû dormir lourdement, je ne me souviens pas d’avoir fait un rêve quelconque, mais au moment de me réveiller, conscient, je ne parvenais pas à bouger dans mon lit. Chaque fois que je tentais un mouvement pour me lever, mes membres refusaient de remuer, au contraire, j’avais l’impression de devenir lourd, de m’enfoncer dans le matelas.               A chaque  tentative, je m’enfonçais davantage par petites saccades, comme si quelqu’un appuyait pesamment sur ma poitrine; j’entendais à chaque fois le tassement du sommier, j’étais de plus en plus lourd, conscient mais inerte, impossible de crier ma détresse. Cette manifestation diabolique cessa enfin, mes membres, mon dos et ma gorge se détendirent. Je me levais tremblant mais heureux de revoir les choses de mon quotidien. Tout était calme dans la maison et les mystères de la veille semblaient un lointain souvenir.
 
Un copieux petit déjeuner me remit enfin les idées claires. Oubliés les événements de la veille, du réveil, je pensais au programme de la nouvelle journée, et du travail j’en avais sur la planche. Chaudement sanglé dans ma veste, je mets mon nez dehors, il fait frais et le petit matin est lumineux. Stupeur, ma camionnette n’y est plus! Je l’avais pourtant bien fermé, j’ai les clefs dans la main!           J’avais beau chercher des yeux, le véhicule a disparut! J’ai donc plus qu’à descendre au sous-sol chercher ma voiture et essayer d’élucider cette disparition. C’est encore tôt, je vais aller au village, à mon bureau consulter internet, puis je reviendrai ici demander aux voisins s’ils n’ont rien entendu cette nuit.
 
La lumière du petit matin éclaire à peine le sous-sol, je presse le bouton: pas de lumière, dans la cave non plus! Tout à l’heure j’ai mis le lave vaisselle, et ça a encore disjoncté! J’ai ce problème depuis quelques temps, quelle plaie!  Le disjoncteur est tout au fond, derrière une rangée de citernes en inox,   j’y vais donc, il fait sombre.  Rien à faire, le levier, à peine relevé, retombe, impossible de remettre la lumière! Un court-jus! Encore un! Et ça continue depuis hier soir! Il y a des jours où il vaudrait mieux ne pas se lever ou mieux, fuir sur une ile déserte!
 
Je me dirige vers la porte ouvrir le deuxième battant, mais il fait noir, un noir épais, des gouttes d’eau semblent tomber du plafond, parfois j’entends un « plic-ploc » d’autre gouttes d’eau qui tombent ça et là! Il fait tout aussi noir, et humide, le sol est irrégulier et glissant.   J’avance à tâtons, plus de citernes, pas de voiture, je longe une paroi de rocher gluant, subitement, je sens au bout de mes doigts tremblants de la végétation, comme du lierre mêlé de ronces.  Je fonce droit dedans et me voici hors de cet antre puante, il fait toujours cette lumière courte et froide, le ciel est d’un bleu laiteux. Les maisons voisines ont disparue, la mienne aussi, les ronces encombrent le talus et je veux coûte que coûte regagner la route, mais il n’y a plus de route! Des ronces, des arbustes de nos collines à profusion.  Il me faut grimper un petit rocher et me voici sur une plate forme d’herbes sèches. Je me souviens, autrefois, avant que le quartier ne soit construit, c’était comme ça ici!
 
Je regarde la Vallée que cet angle me permet d’entrevoir, tout est arbres tordus, arbustes, buissons ronces, la plaine en est recouverte, au loin, c’est une forêt régulière qui s’étend à perte de vue. Chalon à disparut, c’est une forêt! Mellecey n’existe plus, c’est un immense buisson. Je me fraie un passage à travers le roncier en direction du village. Saint Martin n’existe plus non plus, la Vallée de Vaux est inhabitée, plus de villages, plus de maisons, pas même de ruines, des buissons, des arbres millénaires çà et là, je suis dans un mirage. Au fond de la vallée, un ruban de peupliers et de saules marquent le tracé sinueux de la rivière parmi cette végétation anarchique. Seul le vent dans les branchages trouble la quiétude du pays, tout est silence, volupté, sérénité, la vie végétale semble être la seule à régner en maître.
 
Au fur et à mesure de ma progression, la vie animale se réveille enfin. Des pies, des corbeaux, des moineaux… se mettent alors à animer les buissons, tout devient virevoltement, crissement d’ailes, croassement, sifflements, piaillements. Plus loin, sous de gros arbres foudroyés ou effondrés de vieillesse, une petite herbe verte et courte tapisse une clairière, embaumée par des violettes discrètes autour des petits rochers moussus. Là, un passage, un lièvre, pas de doutes, sous un églantier ratatiné, son gîte trahit sa présence récente. Plus loin, des pas de sangliers  qui ont largement piétinés la terre rouge et mouillée proche  d’une minuscule source. Où faut-il aller? Quelle direction prendre? Que faut-il faire? Ces questions ne n’avaient pas encore effleurées, je suis surpris de ne pas m’affoler plus que cela.
 
Je descends maintenant en direction de la vallée, là où devrait se trouver le village. Il y a moins de broussailles, plus d’herbes rases, Saint Martin a dû être bâtit sur un endroit rocheux,  une odeur  nauséabonde imprègne l’atmosphère, la terre à été remuée autour de grosses pierres, c’est la pisse de renard qui empeste ici! Je me suis arrêté un peu pour me ressourcer et contempler l’emplacement du village, des rochers, des buissons et toujours des ronces! J’ai l’impression depuis quelques temps d’être observé, quelqu’un ne doit pas être loin ?ou peut-être un animal?
 
A peine ce pressentiment m’a-t-il effleuré, qu’une grosse patte lourde et puante s’est posée sur mon épaule. Un type énorme se tient debout, vouté, le regard perçant, les yeux rouges, me fixant avec intensité, il n’y a  pas d’agressivité dans sa démarche. Il est vêtu d’une peau tannée d’une quelconque bête de ses bois, un cerf ou un bœuf sans doute, la fourrure à l’intérieure  pour tenir chaud.
 
Son visage est buriné par les vents et le froid glacial de l’hiver dernier. Il est affreux, tout griffé par les ronces, lui aussi; les cheveux en bataille d’un brun roux. Il parle, je n’y comprends rien, sa voix est rugueuse, râleuse. Il parle, il parle, d’une voix assez faible, mais il ouvre tout grand une bouche immense qui, à chaque mot, laisse paraître quelques dents jaunes, longues et déchaussées, toutes de travers. À chaque mot, il laisse sortir une odeur nauséabonde  de viande faisandée. A force, je commence à comprendre en partie ses mots.  J’ai l’impression que la nature arrange les choses par nécessité, je suis seul au monde dans un monde  étrange, dans un environnement d’un autre âge; tout  comme je m’y trouve immergé contre mon gré par je ne sais quelle force mystérieuse, même cet étrange dialecte finit par me devenir familier.
 
Il m’indique, d’un bras velu, d’un doigt immense et sinueux, comme une racine de genêt, la direction des falaises. C’est précisément au pied de celles-ci que j’ai trouvé hier ce morceau de poterie avec cette petite pointe de flèche en silex. Etrange coïncidence. Le doute me reprend, je sens monter le long de mon échine un long frisson glacial et brûlant à la fois.
 
Le temps de tourner la tête en cette direction, et mon homme hors du temps a disparut je ne sais où, comme volatilisé. Je me pince fortement la peau juste entre le pouce et l’index, mais rien ne se passe, je suis bien éveillé d’un éveil au présent. Je sens le vent, je sens l’odeur délicates de cette nature luxuriante et étrange, je sens sous mes pieds cette terre caillouteuse et herbeuse que je connais bien. Je suis chez moi et ailleurs à la fois. Le temps s’est enfuit par l’arrière!
 
Je cherche des yeux les falaises, il me faut avancer entre les ronciers, contourner les merisiers tordus et immenses. Enfin un espace à l’air libre, couvert de grandes herbes sèches et parsemés des incontournables églantiers touffus et effondrés sur eux-mêmes. Encore quelques dizaines de mètres et les rochers si familiers surgissent, majestueux et rassurants sous un soleil blanc.
 
Quelques grands arbres, pour la plupart déformés, ou à demis morts émergent des buissons moutonneux qui montent à l’assaut des falaises. Il va falloir que je me fraie à nouveau un chemin à travers cette végétation anarchique et agressive.  Une pensée me vient devant ce paysage à demi familier… et maintenant inquiétant: que voulais cet individu, pourquoi m’indiquait-il cette direction? Pour quelle raison obscure je m’apprête à m’y transporter? Et pourquoi y répondrais-je? J’ ai brusquement envie de fuir, ma gorge me serre, j’ ai envie de pleurer, de courir dans la direction opposée, hurler, crier au secours, chercher tout autour de ce qui sera dans quelques milliers d’ années mon village natal, si quelques contemporains s’y trouvent eux aussi, seuls possibles compagnons d’infortune dans ce dérèglement total des voûtes calendaires de notre vieille planète.
 
Rien n’y fait, je suis bien le seul civilisé dans cette foutue vallée connue des seuls randonneurs amateurs des délicieuses senteurs des sentiers sous les noisetiers et les buis odorants. N’écoutant que mon instinct de conservation, m’en remettant à la seule recommandation du bonhomme puant des cavernes aurignaciennes, je prends à contre cœur la direction indiquée. Le cheminement est lent, plus lent que je l’imaginais. L’immersion invraisemblable dans ces âges reculés ne m’a pas permis d’emporter le moindre outil, la moindre arme; si je suis encore vêtu de mes habits endossés ce dernier matin du monde encore civilisé, je m’aperçois avec stupeur que ma montre n’est plus à mon poignet, ni mon canif dans ma poche, ni mon portable à la ceinture! Heureusement, j’ai encore au pied de solides chaussures de travail en cuire! Et sur le dos la chaude parka endurée par la fraîcheur matinale et qu’il va falloir  désormais que je porte sous le bras par ce soleil qui monte au zénith de la fin Mars.
 
Me voilà enfin sur le petit plateau argileux et couvert d’une herbe verte et rase au bas de la pente douce qui monte sous les rochers. J’apprendrais plus tard que cette herbe grasse est régulièrement broutée par des rennes et des chevaux abondants dans la région. Une fumée s’échappe d’un petit bosquet de robiniers, des voix d’enfants aussi. Je m’approche pas très rassuré. Des hommes et des femmes s’affairent autour d’ un grand feu et de grandes jarres de terre cuite noircies par les flammes; les morceaux de poterie grossières, pensai-je. Au loin s’étend le massif granitique magnifiquement couvert d’une forêt régulière et verdoyante, parfumée comme je la connais habituellement. Mon cœur palpite, j’ai peur, je tremble, mais la curiosité l’emporte sur l’envie de fuir qui ne me quitte plus depuis ce matin; mais fuir où au fait?
 
Je m’ approche encore, les chiens sont trop occupés à se disputer les morceaux d’ os sanguinolents que leur jettent les habitants de ce lieu,  affairés dans un désordre invraisemblable à dépecer et cuire la viande de cerfs et de sangliers dont il me semble reconnaître l’ aspect.  À l’approche de midi, mon estomac et mes papilles s’éveillent à ce fumet de hêtre et  de viande grillée. Mon attention se porte sur une très belle jeune femme  brune et bronzée aux cheveux d’ébène. D’une rare élégance, d’une noble démarche et admirablement moulée dans une peau de chèvre impeccablement ajustée.
 
Elle se détache du groupe et jette sur son épaule une outre de cuire, elle se saisit d’une coupelle de terre cuite et sort du bosquet, en direction du contre bas, sous le plateau. Je la suis à distance, me dissimulant de buissons en buissons. Sa silhouette  magnifique se dessine sur l’horizon avant de s’engager sur le petit sentier abrupt entre les acacias et les sycomores. Je m’y engage aussi, prenant soin de ne pas marcher sur les branches de bois mort qui jonchent le sol de ci, de là. Parvenue  à une petite clairière, elle s’y agenouille et, de sa coupelle, elle emplie consciencieusement l’outre de l’eau claire et cristalline d’une petite source sortie de dessous une grosse pierre moussue. J’admire tant de charmes de cette distance, prêt à tout moment à me glisser entre deux troènes touffus que j’ai repérés, au cas où elle se décide à remonter au campement. À chaque mouvement de son bras qui puise l’eau, son dos chargé de soleil laisse  jouer harmonieusement ses muscles avec ses cheveux. Attention! Elle à terminé de remplir son outre et la pose d’un geste  prompt sur son épaule, retenue de son bras droit long et fin, la jatte de terre dans sa main gauche pendante. Elle se dirige vers les huttes et monte gracieusement les degrés du sentier de terre. Elle passe tout près de moi, tapis sous ce buisson, je retiens ma respiration. Elle continue son ascension, lente et élégante. Son visage est d’une grande finesse, sous une mèche de ses cheveux luisants, ses yeux  noirs en amandes au dessus de pommettes saillantes, semblent sourire aux fleurs blanches immaculées des pruneliers. Je suis subjugué, que voulais donc me dire l’individu puant tout à l’heure? Cette tribu de chasseurs sera-t--elle animée de bons sentiments à mon égards si je me manifeste auprès d’eux? Cette fille sera-t-elle effarouchée si je l’aborde avant la sortie du sentier? La sagesse me conseille d’attendre une  autre circonstance pour me faire remarquer pacifiquement par ces hommes d’un autre âge dont j’ignore les intentions et la philosophie.
 
J’observais depuis ma cachette les habitants qui cuisaient ou boucanaient la viande; un retour de chasse sans doute car le nombre des bêtes qu’ils dépeçaient était impressionnant. Subitement je fis un bond sur moi-même, une main sur mon épaule me provoqua une nouvelle frayeur, une frayeur comme j’en éprouve depuis ce matin, une angoisse plus qu’une frayeur ou les deux à la fois, car je n’ai plus de repaire ni d’endroit où me réfugier. Le type de ce matin était là, l’œil rieur, il me tira par le bras avec violence et m’amena au milieu des chasseurs. À première vue, personne ne semblait faire de cas de ma présence malgré ma tenue d’un autre âge. Maintenant c’est moi qui suis d’un autre âge!
 
L’ individu -que j’ ai baptisé en moi-même « Soldat Wendael » tant il ressemblait physiquement et par ses attitudes, et même par sa façon de parler à un vieux copain de régiment que j’ ai perdu de vu depuis lors, mais à qui je pense de temps en temps en me demandant ce qu’il peut bien être devenu, comme à bien d’autres d‘ailleurs-appela l’ un des chasseurs affairé à trancher la viande avec des lames sommaires de silex comme il en regorge dans nos sols. Maintenant, comme je l’ ai dit plus haut, je comprenais ce langage comme si je l’ avais toujours entendu et bien que ce soit un dialecte totalement inconnu, monosyllabique, et parlé en saccades, un peu comme l’ ont simulé les auteurs de films animaliers lorsqu’ils veulent s’amuser à faire parler les animaux en calant les paroles sur les mouvement de leurs lèvres. Mon vieux copain parlait très vite à grands coups de mandibules, un peu comme eux et on ne le comprenait pas toujours du premier coup, surtout lorsqu’il s’exprimait en patois du ch’nord d’où il était originaire. Là, je comprenais parfaitement, sans doute que la situation ne me laissait pas le choix!
 
---Regarde, Kouschnick, ce que j’ai trouvé dans la vallée, tu as déjà vu un type comme celui-là?
 
Kouschnick, qui semblait être le chef, ou du moins un responsable quelconque, me dévisageait.
 
---Jamais vu ça! Dans les grandes Plaines, les gens s’habillent  parfois de fibres tissées, mais pas de si fines et de tuniques aussi ajustées! Et ses mocassins, mêmes les chasseurs des froids n’en portent pas d’aussi bien faits!
 
Visiblement ce Kouschnick était soucieux de son bien-être bien qu’il ne fut pas mieux nippé que ses congénères. « Soldat Wendael » me bouscula,
 
---Kouschnick te parle!
 
C’est vais, Kouschnick me parlait, ou mieux, me questionnait, mais j’étais tout absorbé à observer les chasseurs à la tâche, leur techniques, leurs accoutrements, leurs matériels, leur habita, les enfants qui gambadaient autour d’eux comme le font ceux d’aujourd’hui. Je cherchais dans cette foule agitée la belle sauvagesse chargée de la corvée d’eau.
 
---D’où viens-tu, comment t’appelles-tu? De quelle famille est-tu issu, où chasses-tu, quel commerce fais-tu? As-tu des silex de bonne qualité à nous proposer? Que veux-tu en échange?
 
Les questions m’arrivaient en rafale et à une cadence infernale; Kouschnick actionnait son maxillaire inférieur à la vitesse de la culasse d’une arme automatique, à s’en déboiter les condyles! Et je pensais devoir raconter ma vie, mais me croirait-il au moins? Pas si sûr! Le monde d’où je viens lui paraitrait invraisemblable comme si un extraterrestre arrivait au beau milieu d’un village en ce XXIème siècle! Bien que nous, nous nous sommes fait à cette idée depuis le temps  et qu’on en parle, en plaisantant mais aussi le plus sérieusement du monde! Je sentais que sa patience allait en s’érodant, je me décidais donc à répondre en utilisant le premier raccourci qui me viendrait à l’esprit.
 
---Je viens du fond de la vallée, où votre ami m’a rencontré.
 
---Comment es-tu venu jusqu’ici?
 
---J’ai suivi les indications de « Soldat Wendael »!
 
Lui dis-je en désignant le grand type.
 
---« Soldat Wendael« !  « Soldat Wendael« ! Tu le connais?
 
---Nous ne lui connaissons aucun nom, nous l’appelons « l’Homme d’ici » chaque saison, de chasse, il nous prépare les huttes pour notre arrivée, allume les feux, mais il n’a pas  de nom, si tu le connais, il faut le dire!
 
« Soldat Wendael » semblai mal à l’aise par la remarque de Kouschnick, il me parut utile de remettre les choses à leur place et lui raconta à ma manière ma rencontre fortuite de ce matin avec l’ « Homme d’ici ». Le chef voulu savoir absolument d’ où je venais, ce que je faisais dans la région, son territoire de chasse. Comment lui expliquer cela!
 
--Je suis de là-bas, dis-je en embrasant d’un geste le plus ample horizon possible.
 
Je sentais la crainte de Kouschnick  de devoir affronter des hommes venus d’ailleurs lui disputer son territoire de chasse, du moins celui-là, car j’avais compris que lui et les siens venaient ici de façon saisonnière,  et que, ensuite tous repartaient pour d’autres contrées. Je compris aussi qu’il cherchait à échanger je ne sais quoi contre de bons silex pour confectionner les armes et les outils nécessaires à l’activité du clan. Aussi dus-je être très prudent en formulant ma réponse afin de ne pas me compromettre dans une activité ou avec des clans qui ne pourraient pas répondre à ses attentes. Avec plus de précisions, je lui indiquais l’Ouest et cela sembla lui convenir.
 
Là-dessus « Soldat Wendael » indiqua que je venais donc de loin, sans armes ni bagages, que je voyageais seul, et qu’il m’avait envoyé ici afin de faire étape avant de continuer mon chemin. Kouschnick le remercia de la confiance qu’il lui témoignait et assura que je serai bien traité en attendant que je sois en état de reprendre mon voyage.
 
Avant de prendre congé, « Soldat Wendael » m’adressa un clin d’œil et un sourire en coin qui semblaient   me dire « on l’a bien eut, fait attention, ce Kouschnick se méfie de tout! Prend ce qu’il te donne et ne pose pas de questions, bon courage pour la suite », c’est du moins ce que fut ma première interprétation. J’avais le pressentiment que le chef  avait des craintes pour son territoire, que d’autres clans cherchaient à l’en déloger, ou bien avait-il déjà eut à repousser une agression venue de l’extérieure? Il me fallait analyser vite la situation, car continuer mon chemin comme disait le puant, me semblai bien aléatoire. Le seul chemin qui m’aura satisfait était celui de mon village enfouis sous des millions de siècles!
 
---Alors l’amis, tu es des nôtres le temps qu’il te plaira, sais tu chasser le gros gibier? Il nous faut à présent que le renne, le sanglier et le cerf est en quantité satisfaisante, tuer les chevaux et les bœuf laineux, ensuite nous partirons.
 
---Vous partirez?
 
Me désignant le sud-sud-est,
 
---Nous prendront le chemin du grand fleuve dès que la colline noire prendra la couleur du feu, et nous rejoindrons les plaines entre les collines de pierres où frétillent le poisson couleur du ciel de pluie.
 
J’interprétais que dès les premières lueurs de l’Automne, ils se mettront en ordre de marche avec les réserves de viande et de fourrures pour le sud de  la vallée du Rhône où l’hiver est moins cruel, et sans doute s’adonner à la pêche pour varier l’ordinaire.
 
---vous emporterez toute cette viande et toutes ces fourrures?
 
---Là bas est le reste du clan, les vieux et les enfants  très jeunes, il faudra les rassasier car même dans grande vallée, le froid fait fuir les bêtes de vie, seule subsiste les bêtes de mort!
 
Je compris que l’hiver est bien plus rude ici que nous le connaissons aujourd’hui, et si proche de la Méditerranée, si le climat y est plus clément, c’est en ces temps reculés, tout relatif et les seuls animaux sédentaires qu’ils côtoieront seraient les loups et les hyènes et autre charognards de cette époque. Je ne cessais de me glacer les sangs, leur saison de chasse ici ne faisait que commencer et peut-être que,  par nécessité,  je devrais me joindre définitivement à eux, à moins qu’un improbable retour de situation  ne me rappel à mon époque. Je la trouvais bien confortable mon époque, même si souvent je rêvais de tout envoyer balader, si je rêvais tout éveillé de grands espaces vierges ou d’iles désertes avec pour tout  confort deux ou trois  vahinés et une source fraîche d’eau finement gazeuse.
 
Les gens allaient et venaient autour des immenses âtres, d’ autres pétrissaient l’ argile qu’ils mêlaient du sable de notre petite rivière et faisaient naitre de leurs doigts de longs boudins qu’ils montaient en spirale pour leur donner l’aspect d’une marmite, d’un vase, d’une cruche, d’un pot, semblables aux ustensiles qui noircissaient sur les braises  mitonnant cet agréable fumet qui chatouillait mes narines. D’autres fondaient la graisse dans une odeur poisseuse. Plus loin, un groupe tendait des peaux entre des perches flexibles de noisetiers pour les petites et de châtaigniers pour les plus lourdes. Les enfants trottinaient dans le plus grand désordre entre leurs jambes; il n’y avait pas de tâches spécifiques pour les uns et les autres, les femmes faisaient tout autant de travaux rudes que les hommes et j’appris par la suite qu’elles participaient aussi aux actions de chasse, maniaient la sagaie ou la hache, l’arc ou le gourdin.  De la porteuse d’eau, pas trace! J’ai beau la chercher des yeux autour de moi!
 
Kouschnik revint à la charge avec ses questions
 
---Me diras-tu enfin  de quel clan tu te réclame pour être ainsi si aimablement vêtu?
 
Je compris que je ne pourrais pas indéfiniment me soustraire à sa curiosité,  et que si je mentais, je devrais mentir avec intelligence, l’homme était têtu à ce point.
 
---j’ai perdu depuis longtemps la trace des miens, nous vivions dans une contrée derrière ces montagnes que tu vois enneigées les matins clair. Une nuit, les gardiens du village ont été enlevés par des géants qui ont massacrés les gens des huttes du village de pierres où nous avions nos familles, ceux qui ont pu se sont sauver par les bois et les vallées. Je me suis retrouvé seul errant et je suis arrivé ici je ne sais comment.
 
---Soldat Wendael t’as envoyé à nous, c’est bien, tu seras des nôtres désormais.
 
---Les géants, les craignez-vous?
 
---Ne prononce plus jamais ce nom, ils ont fait bien du mal dans nos vallées et nos collines de pierres, il y a bien longtemps, les pères des pères de nos pères ont beaucoup souffert à cette époque. Ils ont dû tuer touts les animaux vivants dans la contrée et se nourrir de racines et d’herbes malsaines afin de les affamer et leur faire enfin quitter la région où nous retournons vivre en paix désormais, à la saison des neiges.
 
Voilà qui ne me rassuraient guère, dans les textes bibliques on parle souvent de géants qui faisaient grands maux autour d’eux, et je n’imaginais pas que cela fut une réalité à ce point! Mon mensonge avait sauvé les apparences et me voilà donc en confiance avec Kouschnick qui ne m’avait jamais parut trop mauvais bougre.
 
La belle puisatière fendit la peau de bœuf qui servait de coupe vent à l’entrée d’une hutte, d’un revers de la main,  elle la rejeta en arrière et traversa d’un pas agile l’espace entre l’abri et  les âtres, disparut derrière le rideau des fumées. Je ne la quittais pas des yeux, j’oubliais les questions de Kouschnick qui cessa un instant de me les poser. Je la suivais des yeux, lui suivait mon regard.
 
Je compris sans rien demander que cette si agréable créature pouvait être sa fille.
 
 Le chef, petit mais trapus, semblait avoir la soixantaine, mais devait en réalité avoir la quarantaine. C’était une force de la nature et était certainement infiniment plus costaud que les plus grands gaillards de sa tribu qui mesuraient bien deux mètres. En tout cas, kouschnick était rusé et devais être doté d’une intelligence remarquable. Je venais de découvrir que, contrairement à une idée reçue, les chefs de cette époque n’étaient pas choisis parmi les plus forts physiquement, mais parmi les plus habiles à conduire le clan vers la prospérité et la sécurité. À cette époque où tout  équilibre était de grande précarité, ce n’était pas superflus, loin de là.
 
Je fis diversion en la conversation en interrogeant à mon tour le chef Kouschnick.
 
---Tu parlais de tuer les chevaux?
 
---La chaire de ces animaux est serrée, maigre et pleine d’un sang qui fortifie les chasseurs, nous les mangeons au retour des grandes chasses.
 
---Là d’où je viens, nous ne les mangeons à aucun prix, ils  nous sont bien trop précieux !
 
Le pauvre Kouschnick me regardait curieusement, je voulais épargner la vie de ces animaux magnifiques et rendre services à mes hôtes en retour à leur hospitalité. Le regard du chef à mes propos semblais mi-figue mi-raisin, était-il curieux de savoir ce que nous faisions des chevaux, ou était-il offusqué du fait que nous ne recherchions pas la vitalité au travers de leur chaire et que j‘ allais leur en faire reproche? Bien sûr, je dus rester prudent dans mon improvisation. Voilà que je parlais comme si j’avais réellement vécu à son  époque! Je continuais donc :
 
---Là bas, nous avons domestiqué les chevaux de grande taille-des troupeaux d’abondants petits chevaux de la taille d’un chien pullulaient au travers des grandes plaines, je l’avais lu jadis- et ils portent les charges, les hommes  les chevauchent dans leurs déplacements.
 
---Kouschnik me regardait surpris, intéressé:
 
---Les chevaux, les grands, vivent avec vous tout comme les chiens et les chats?
 
---Bien sûr, Kouschnick, ils font partis  du clan au même titre que les chats et les chiens et sont d’aussi précieux auxiliaires!
 
---Comment sont-ils venus à vous?
 
---Les anciens, mais alors les très anciens, dont nous avons même oublié la mémoire, ont attrapé vivant les jeunes sevrés de leur mère et les ont habitués à vivre parmi nous comme les chiens et les chats!
 
---Ca alors! Personne ici ne connaît le cheval mieux que tout autre que pour sa viande réparatrice! Je te charge de mener à bien cette tâche, choisis toi-même les chasseurs qu’il te plaira qui t’aideront à la capture de jeunes chevaux, si tu échoue, je te bannirais à jamais de nos contrées, si tu réussi, demande moi ce qu’il te plaira!
 
Kouschnick  me considérait désormais comme un des siens, mais dans quel pétrin me suis-je mis! Jamais de ma vie je n’ai chassé le moindre animal, même pour le domestiqué. Je fis contre mauvaise fortune bon cœur, et ramenais, grâce surtout à la compétence  des quatre chasseurs  et « chasseuses » que j’avais choisi au hasard, plusieurs exemplaires de ces spécimens impétueux nés la saison dernière dans les grasses prairies arrosées par l‘ Orbize. Le dressage fut plus difficile, jamais personne ici n’avait dressé un animal sauvage.  En leur portant le fourrage, un à un, je me surpris à parler à chacun d’eux comme à un chat lorsqu’ils aiment à être flattés. J’appelais chaque bête « mon gros minou » ou bien « gentil nou-nou-ronron », leur prodiguais un regard doux, en clignant les yeux, en abaissant la tête en signe de câlinage; quelqu’un du monde civilisé aurait rit aux éclats et m’aurait traité de farfelu, mais, au bout de plusieurs semaines, les animaux venaient chercher tant leur dose de caresses et de tendresse que de fourrage. Je demandais aux plus fluets de ces gaillards de faire de même et moyennant un dressage assez agité, la plupart d’ entre eux finirent par chevaucher dans les environs avant que la grande forêt ne prenne la couleur du feu.
 
C’est alors qu’un grand vieillard tout blanc et chauve sur le dessus arriva au village des huttes, portant un long bâton tordus. Les veilleurs sonnèrent de leurs cornes de bœuf laineux et tout la faune se précipita et se prosterna autour de lui. Il sortit de son grand sac de peau de renne quantité de fossiles, ammonites, oursins, percés en leur centre dans lequel passait une cordelette de fibres végétal tressées. Il en distribua un à chacun des chasseurs et raconta une histoire invraisemblable venue du fond des âges où il était question de Géants, de Chevaux Dressé et de l’Etranger venu de contrées inconnues, qui avait perverti une tribu de chasseurs, laquelle avait disparut mystérieusement! Là, je pris peur pour de bon, déjà que  je n’étais pas rassuré de l’humeur changeante des chasseurs.
 
Les gens du clan se dressèrent, se tournèrent vers moi et me regardèrent d’un regard noir. Ils avancèrent de plusieurs pas en ma direction. La fille brune traversa la foule,  lui fit face: ils stoppèrent net leur avance menaçante. Tout cela sans prononcer un seul mot, elle  me rejoignit alors, me saisit le bras et le serra fort contre elle comme pour défier les chasseurs de la saisir aussi. Pour la première fois j’entendis sa voix douce, ferme et autoritaire, elle ordonna à chacun de retourner à ses occupations.
 
Cette fois, je compris que c’était bel et bien la fille du chef incontesté Kouschnick et que ce dernier lui avait sans doute parlé de moi, ayant fondé sa crainte que j’attire les foudres du Chaman Hollyskrouck dont  quelqu’un sans aucun doutes avait entretenu de ma présence et souhaitait mon éviction car trop étranger aux usages d ici. Elle me conduit à travers la foule apaisée à une hutte à l’ écart des autres.
 
Je me retrouvais donc seul avec moi-même dans cet abri sommaire, dans la nuit, loin des autres huttes dont jusqu’à ce jour, je jouissais de la rassurante proximité. Étranges coutumes, pourtant la Dame semblait me protéger! Le sommeil ne vint pas, comment aurais-je pu  dormir  dans ces conditions. Des pas dehors me tirèrent de mes sombres pensées, j’étais condamné à je ne sais quoi, pour je ne sais quoi! La Dame, pensais-je, c’est elle qui vient me chercher, nous allons fuir ensemble cette nuit! Cette pensée me rassura, car elle au moins était bien la seule  à savoir où me conduire dans cette contrée devenue aussi obscure que la nuit et même que la nuit des temps!
 
Quelqu’un entra, tenant une torche puant la résine et l’insoutenable graisse « de chevaux de bois » qu’ils faisaient fondre dans leurs marmites de terre cuite. À la lueur de la flamme, je reconnu Kouschnick; était-il mandaté par le Chaman pour me conduire au supplice? J’étais résigné, à bout de souffle; les forces mystérieuses qui m’avaient conduite jusqu’ici auront-elle enfin un geste de clémence, ou bien avaient-elles décidées de m’abandonner à un destin choisi d’avance!
 
Sans agressivités aucunes, Kouschnick m’invita à le suivre à l’extérieur du village, loin du tumulte de cette soirée interminable qui restera à jamais gravée dans ma mémoire… si jamais j’en réchappe.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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